Travail de rue : une révolution en marche

Hébergement et logement Travail de rue : une révolution à l'oeuvre

Depuis fin 2014, un travailleur social et un infirmier partent à la rencontre des sans-logis et les orientent si besoin, 6 jours sur 7, de 10 à 23h, toute l’année

0

Quoi de neuf dans l’accompagnement des sans-abri sur l’Aire Toulonnaise ? Des maraudes tous les soirs. Une approche médicale. Une interface entre l’ensemble des acteurs médico-sociaux. Bienvenue dans le nouveau monde des « équipes mobiles précarité santé ».

Une nouvelle ère ! L’accompagnement des personnes à la rue s’enrichit de pratiques novatrices sur l’Aire Toulonnaise, avec la constitution des « équipes mobiles précarité santé ».

Depuis fin 2014, ces équipes

  • interviennent toute l’année, en journée comme en soirée
  • rassemblent un travailleur social et un infirmier
  • souhaitent conjuguer au mieux la rue et les acteurs médico-sociaux.

Elles développent ainsi la pratique des maraudes dans l’agglomération toulonnaise. Depuis presque 20 ans, de 9h à 17h en semaine, des salariés et bénévoles des Amis de Jéricho, puis du Samu Social de l’Aire Toulonnaise arpentent les rues à la rencontre des sans-abri.

 

Des maraudes tous les soirs

Désormais, les maraudeurs occupent le terrain de 10 à 23h, du lundi au vendredi. Soit 5 heures de plus qu’auparavant. Les « équipes mobiles précarité santé » font le pari d’être joignables du matin au soir, toute l’année, pour intervenir autant que possible auprès des sans-abri. Même le week-end, de 18 à 23h le samedi et sur astreinte le dimanche.

Pour y arriver, trois équipes se succèdent. Leur travail : répondre aux signalements du 115, numéro d’urgence pour les mises à l’abri. Entrer en relation avec les personnes à la rue. Leur apporter une soupe chaude, des couvertures ainsi que réconfort et compagnie. Poser un diagnostic social et médical. Orienter en conséquence vers les structures et dispositifs médico-sociaux.

 

Une double approche sociale et médicale

Une « équipe mobile précarité santé » se compose d’un travailleur social et d’un infirmier. Le but ? Poser un double diagnostic social et médical, pour mieux accompagner et prendre en charge les sans-abri rencontrés.

D’un côté, le binôme évalue les besoins d’une mise à l’abri, dans le respect de la liberté des sans-abri. Par exemple, le terrain est inondé ou les températures flirtent avec le zéro. Il appelle alors le 115 pour orienter vers un centre d’hébergement d’urgence, d’accueil de jour ou d’hébergement et de réinsertion sociale. En cas d’engorgement, deux places sont retenues à l’hébergement Saint-Joseph, à Saint-Jean-du-Var. Enfin, des dispositifs extraordinaires, tels que le plan préfectoral « grand froid » ou l’opération paroissiale « hiver solidaire », permettent d’accueillir des sans-abri dans des lieux réquisitionnés.

D’un autre côté, le binôme soigne sur place les affections mineures : plaies bégnines, variations de la tension et du taux de glycémie, etc. Ces soins évitent d’encombrer abusivement les urgences. Quand l’état de santé est gravement atteint, l’équipe sollicite le 15 : nécroses, coma éthylique, hypothermie, insolation, déshydratation…  Elle oriente enfin les sans-abri à la sortie de l’hôpital, pour éviter une rechute.

Des maraudes avec un travailleur social et un infirmier

 

Une interface entre l’ensemble des acteurs médico-sociaux

« Finie la dynamique où je défends mon pré carré, mon esprit de chapelle. Vive l’esprit collaboratif ! Nous ne travaillons pas pour nous, mais pour les personnes accueillies. L’ouverture à la plus grande pauvreté implique de travailler ensemble. »

Le mot d’ordre est clair. Dominique Christophe est président de Solidarités Aire Toulonnaise. L’association, pôle territorial de l’Union Diaconale du Var (UDV) sur l’agglomération toulonnaise, emploie les « équipes mobiles précarité santé ». Elle aspire à la coopération avec :

  • les autres maraudeurs de l’Aire toulonnaise. Des rapprochements sont en cours avec les jeunes associations « Solidarité Toulon » et « Sans toit et si c’était toi ? »
  • d’autres acteurs de l’UDV : les Amis de Jéricho, pour l’accueil de jour et la domiciliation postale ; les équipes de Logivar Saint-Louis et de la résidence solidaire Les Favières, pour l’hébergement et la réinsertion socio-professionnelle ; Sichem, pour les migrants ; Promo Soins, pour les soins médicaux et psychiatriques réguliers
  • des partenaires associatifs, tels que l’ensemble des structures médico-sociales de l’agglomération toulonnaise. L’Ordre de Malte envoie aussi des bénévoles aux maraudes, pour soutenir les binômes
  • des partenaires institutionnels, comme la préfecture, l’Agence Régionale de Santé, TPM, etc.

Continuité des maraudes, préoccupation de l’état de santé dans la prise en charge des personnes à la rue, convergence des intérêts de l’ensemble des acteurs médico-sociaux : les « équipes mobiles précarité santé » ambitionnent de perfectionner le travail de rue, au service des sans-abri.

Social et santé s’embrassent

Les « équipes mobiles précarité santé » répondent à un appel à projet lancé par l’État, dans le cadre de la loi « Hôpital patients santé et territoire », du 21 juillet 2009.

Cette loi croise notamment les politiques publiques de santé et de l’action sociale. Elle garantit « l’accès de tous à des soins de qualité ». Selon elle, « les établissements de santé remplissent des missions de service public, telles que la lutte contre l’exclusion sociale, en relation avec les autres professions et institutions compétentes en ce domaine, ainsi que les associations qui œuvrent dans le domaine de l’insertion et de la lutte contre l’exclusion et la discrimination ».

Elle définit également « les relations entre l’hôpital et les acteurs de premiers secours ». Elle appelle « une meilleure coordination entre les secteurs ambulatoires et hospitaliers », ainsi qu’une « meilleure articulation entre les premiers secours et les urgences ».

 

 


About the Author



Haut de page ↑

  • Je souhaite recevoir la newsletter

  • Billet d’humeur

    L'art de la conversation

    Le 16 avril dernier, plusieurs journalistes et écrivains ont décidé de faire entrer au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco « l’art de la conversation ». En apprenant cette nouvelle, j’ai craint qu’elle ne passe inaperçue dans nos associations et tout le réseau de la diaconie ; je profite de ce billet d’humeur pour attirer l’attention des lecteurs de Iota sur cet événement.

  • Brèves

  • Articles récents