Service civique : le sens d’un engagement
Le réseau UDV accueille de nombreux jeunes en service civique
0En avant marche… une, deux ! Nous sommes le 22 février 1996 : Jacques Chirac annonce la suspension du service militaire. Rien n’est alors prévu pour le remplacer. Aujourd’hui, 20 années ont passé, et avec elles les temps ont considérablement changé. Depuis 18 mois, avec les attentats, beaucoup de gens souhaitent son retour, pensant que les valeurs prônées « au régiment » seraient bénéfiques à plus d’un jeune…
Comme tout événement vécu « de notre temps », celui-ci paraît malgré tout idéalisé à bien des égards. Mais il n’en demeure pas moins que c’est toujours au rôle social du service que l’on se réfère. Ainsi, vers 1890, Lyautey avait déjà évoqué le « rôle social de l’officier dans le service universel », intuition qui n’était pas fausse, mais qui devait s’évaporer avec les années et l’évolution rapide de la société.
Mais on a peut-être une peu trop vite oublié que le service civil existait déjà au temps du service militaire obligatoire. Dans les débuts de la diaconie du Var, de nombreux objecteurs au service militaire trouvaient dans les associations un lieu d’engagement concret, au service de la nation et du bien commun, sans passer par le service des armes.
A l’origine de la Diaconie du Var, Gilles Rebêche se souvient : « j‘ai fait trois ans de service civil (ATD Quart Monde et ONF), et nous étions fiers de démontrer en doublant la durée du temps de service que nous ne nous dérobions pas au service du pays ! Nous citions le général de Gaulle qui, en instaurant le service civil aurait dit « pour être objecteur de conscience en temps de paix, il faut avoir la trempe d’un résistant en temps de guerre » !
Ce qui m’a toujours réjoui, c’est de voir dans nos associations des amiraux se lier d’amitié avec des objecteurs, des militants non violents sympathiser avec des fabricants d’armes à la retraite, bref des rencontres improbables rendues possibles par le goût de servir les pauvres ! ».
Un rôle social nouveau
A société nouvelle, rôle social évolutif. Au fil des années, des propositions de volontariat sont apparues, timidement d’abord, les notions de vivre ensemble, puis d’entraide, bénéficiant d’une meilleure réputation auprès de la population. En 2010, c’est la création du service civique tel qu’il se présente aujourd’hui.
Le but est de permettre à des jeunes, garçons et filles de 18 à 25 ans (et jusqu’à 30 ans pour les personnes handicapées), de s’investir dans des missions d’intérêt général sur une dizaine de domaines d’application : éducation, culture, loisirs, sports, environnement, mémoire et citoyenneté, santé, action humanitaire, développement international, interventions d’urgence. Ils sont déjà 85 000 à avoir choisi ce temps d’engagement volontaire de 8 mois en moyenne, avec une indemnité mensuelle de 500 euros environ.
Ces jeunes sont d’origines et de parcours très divers, allant de celui qui a totalement décroché, tant sur le plan familial que scolaire ou professionnel, à celui dont l’entourage familial est farouchement opposé à la démarche, en passant par le jeune en recherche d’un projet d’avenir ou souhaitant en changer. Les missions du service civique seront pour tous une découverte de la « vraie vie » (sociale et professionnelle), et une première approche d’une expérience de travail réel.
Une immersion dans la vie professionnelle
Tous réalisent qu’il ne s’agit pas là de télé-réalité, mais d’une immersion dans la vie qui les attend et dont ils n’avaient qu’une idée confuse en sortant de l’école, qu’elle ait été abandonnée en cours de route ou bien couronnée par une réussite. Là, ils trouvent matière à se construire eux-mêmes et à organiser un projet de vie. Certes, ces mois ne sont pas un parcours facile pour tous, surtout pour ceux qui ont, au départ, des difficultés à se sentir reconnus. Les quelques jours de formation avant le départ en mission sont un sas entre ce qu’ils quittent et ce qu’ils vont trouver, et qui ne sera pas sans les déranger en tout ce qu’ils sont.
Il existe également un Service Volontaire Européen destiné à encourager la mobilité des jeunes, faire l’expérience d’une autre culture, d’une autre langue.
L’Union Diaconale du Var est agréée depuis 6 ans et reçoit chaque année des jeunes qui se retrouvent en mission dans les différentes associations partenaires. La société actuelle est multiculturelle : nos jeunes apprennent le « vivre ensemble dans le respect mutuel », et dans le même temps, au contact des populations les plus fragiles, ils s’arment pour ne pas être paralysés par les difficultés, les échecs. En repartant, ils ont le sentiment d’avoir été utiles et en parlent autour d’eux comme d’une belle expérience. Les adolescents sont devenus adultes.
Témoignages de jeunes en service civique
Delphine.
Clotilde.
François-Xavier
Joséphine
On le voit, ce fut pour tous les jeunes qui ont bien voulu témoigner, une expérience aussi riche que formatrice !
Les valeurs d’un engagement
Nous vous présentons maintenant deux représentations mises volontairement ensemble : d’un côté, les mots-clés de la Charte du Service civique, de l’autre les mots par lesquels les volontaires civiques du réseau UDV ont résumé leur expérience. Ce bel arbre conçu par Delphine, volontaire civique au service communication de l’UDV, reflète parfaitement l’esprit dans lequel a été ressenti cette période de leur vie.
Echos du premier Forum du Service Civique à Toulon
Clotilde Théobald, volontaire civique au service Bénévolat et Volontariat de l’UDV.
Initiative chrétienne pour l’Europe
Enfin on ne saurait évoquer le Service civique au sein de l’UDV. sans parler de l’association ICE Réseau Francophone (Initiative Chrétienne pour l’Europe), dont la devise est :
« OSEZ PARTAGER ! »
ICE Réseau francophone est une association loi 1901, implantée en Alsace dans le Bas-Rhin, et « sœur cadette » d’une organisation allemande fondée en 1989 par le jésuite Théobald Rieth, à la chute du Mur de Berlin (petit rappel : érigé en 1961). Ce prêtre, ancien de l’armée allemande, va vouer sa vie à la construction de liens entre les jeunes, à leur engagement pour une vie ensemble et dans le respect des diversités. En 1995, il rencontre Gilles Rebêche et un projet se forme pour l’accueil et l’accompagnement de jeunes de nationalités différentes dans un service volontaire européen. Le principe de l’aide reste le même mais il s’y ajoute la découverte d’une langue et d’une culture autres, source d’enrichissement supplémentaire.
Voici ce qu’écrit Gilles Rebêche :
« Le réseau ICE entend tisser des liens qui contribuent à rendre l’Europe plus conviviale et plus fraternelle. Inspirées par la diaconie du Christ « venu pour servir et non pour être servi », les initiatives de l’association choisissent l’option préférentielle pour les plus pauvres. ICE est surtout un vecteur d’échanges pour permettre à de jeunes européens de vivre et d’expérimenter très concrètement, dès maintenant, l’Europe du quotidien, l’Europe des différences, l’Europe du respect. »
ICE Réseau Francophone « se donne le double objectif de promouvoir la solidarité sociale et la qualité de vie » en réduisant les peurs mutuelles et en apportant le souffle d’humanité de l’évangile.
Elle s’adresse aux jeunes, garçons et filles de 18 à 30 ans de tous les horizons de l’Europe. Actuellement, les pays d’échanges de volontaires sont : Autriche, Espagne, Belgique, Allemagne, Roumanie, Ukraine, Bulgarie, Grèce, Danemark, Angleterre, Suède, Hongrie, Italie, France. Elle compte 45 sites d’accueil et offre une formation avant le départ en mission de ces jeunes qui s’engagent dans l’enfance, le handicap, les seniors, les sans-abris, la réinsertion sociale. Par exemple, il y a 20 jeunes environ dans les communautés de l’Arche ; c’est pour eux une expérience marquante très intense.
La Directrice de l’association, Mme Anne Guillier, ajoute que tout n’est pas toujours facile et qu’il y a parfois des abandons en cours d’année devant des missions qui peuvent sembler trop dures : le jeune doit vivre cela comme une expérience particulière et non comme un échec. C’est déjà pour lui une étape importante que de quitter son pays pour apprendre, découvrir, échanger, partager, tisser des liens, travailler et se construire dans un pays d’une autre langue et d’une autre culture.
Récemment, le Pape François disait : « Je rêve d’une Europe dont on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits humains a été sa dernière utopie ».
Pour terminer, faisons nôtre cette proposition de Goethe :
« Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec 2 sacs : l’un pour donner, l’autre pour recevoir »
Par Aline Racheboeuf, auteure bénévole à Iota.