Donner la parole à ceux que l’on n’entend pas assez

Le samedi 17 octobre dernier, près de 80 personnes se sont réunies à l’accueil de jour Domensa, à Toulon, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. Associations, bénévoles et personnes accompagnées ont partagé leurs expériences, leurs difficultés et leurs espoirs, avec un message commun : personne ne devrait être laissé au bord du chemin.

Briser le silence autour de la précarité

Ils ont connu la rue, la perte d’un logement, la maladie ou les accidents de la vie. Samedi 17 octobre, à Toulon, plusieurs personnes en situation de précarité ont pris la parole pour raconter leur parcours. Des témoignages forts, parfois douloureux, mais aussi porteurs d’espoir, ont rythmé cette journée organisée à Domensa dans le cadre de la Journée mondiale du refus de la misère.

Sous les platanes, environ 80 participants, parmi lesquels des bénévoles et des personnes accompagnées par les associations partenaires, se sont retrouvés pour échanger et réfléchir ensemble aux moyens de construire une société plus solidaire.

Après l’ouverture de la journée par Jean-Michel Permingeat, président du Comité du 17 octobre, Brigitte Genetelli, représentant la maire de Toulon, a rappelé l’engagement de la municipalité en faveur d’une ville plus solidaire.

Mais ce sont surtout les paroles des personnes directement confrontées à la précarité qui ont donné à cette rencontre toute sa portée.

Des parcours de vie qui racontent les mécanismes de l’exclusion

Grégory et Sarah, deux jeunes passés par l’Aide sociale à l’enfance, ont témoigné de leur expérience de la rue, qu’ils ont connue ou connaissent encore. Jessica, accompagnée par Logivar – UDV dans son retour vers le logement, a partagé ses réflexions sur les difficultés rencontrées par les personnes qui dépendent d’une aide pour accéder à leurs droits.

Les témoignages de Fouad et Serge, accompagnés par l’antenne Léon Bérard de Promo Soins UDV Toulon Métropole, ont également mis en lumière les conséquences de la maladie ou d’un accident sur les parcours de vie, jusqu’à la perte du logement.

Michel a, quant à lui, raconté une vie de travail interrompue par l’impossibilité de poursuivre son activité, qui l’a conduit à la rue. Auprès des Petits Frères des Pauvres, il a retrouvé un soutien et des liens humains qu’il décrit comme une nouvelle famille.

Ces récits rappellent que la pauvreté ne se résume pas à un manque de ressources. Elle peut bouleverser l’ensemble d’une existence : le logement, la santé, l’autonomie, les relations sociales et la possibilité de faire valoir ses droits.

Préparés en amont dans les associations avec le soutien de Michèle Monte, d’ATD Quart Monde, ces témoignages avaient un objectif : permettre à chacun de mieux comprendre les réalités vécues par les personnes en situation d’exclusion et d’entendre leurs propositions pour une société qui ne laisse personne de côté.

Anne, du Mouvement du Nid, a également appelé les associations à unir leurs forces pour obtenir une loi garantissant à toutes et tous une vie digne.

Le logement, une urgence sociale au cœur des échanges

Cette journée de mobilisation s’inscrivait dans un programme plus large consacré à la lutte contre la misère, avec un enjeu central : l’accès à un logement digne.

Le mercredi 14 octobre, le cinéma Le Royal accueillait la projection du film Rosie Davis. Ce long métrage raconte le quotidien d’une famille contrainte de vivre dans sa voiture malgré le travail du père, faute de pouvoir accéder à un logement abordable. La projection a été suivie d’un débat animé par le sociologue Olivier Daudé, qui a mis en perspective les ressemblances et les différences entre les situations irlandaise et française. Une trentaine de personnes ont assisté à cette soirée.

Le jeudi 15 octobre, une table ronde intitulée « Un logement digne pour toutes et tous » s’est tenue à la salle Méditerranée.

Francis Vernède, de la Fondation pour le logement des défavorisés, y a présenté la situation en Provence-Alpes-Côte d’Azur et les solutions envisageables face à lacrise du logement.

Jean-Paul Jambon, du Collectif varois pour le logement, a détaillé les difficultés propres au département du Var.

Daniel Gambet, d’Habitat et Humanisme, a ensuite présenté les actions de son association. Grâce à des propriétaires solidaires qui acceptent de louer leurs logements à des conditions modérées, l’association peut héberger des familles disposant de très faibles revenus pendant environ deux ans et demi, le temps qu’elles accèdent à une solution durable.

Une journée de partage pour sensibiliser autrement

Le 17 octobre, la solidarité s’est également exprimée à travers des moments de convivialité et des activités ouvertes à tous.

Les associations L’Autre c’est nous et Les Mains à la pâte ont préparé le repas partagé. L’après-midi, des chanteurs ont animé la rencontre, tandis que la Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty International et Action contre la faim proposaient des jeux pour sensibiliser le public à leurs combats.

Les photographies réalisées par des femmes accompagnées par le Mouvement du Nid ont également été présentées. Les enfants ont pu profiter d’ateliers et de jeux, dans une atmosphère mêlant échanges, détente et réflexion.

Autre temps fort : le théâtre-forum préparé par l’association Kaïré – UDV. Deux saynètes ont mis en scène des situations concrètes : les difficultés liées aux logements mal isolés, véritables passoires thermiques, et celles des personnes contraintes de vivre à la rue alors même qu’elles travaillent.

Le public a été invité à réfléchir à des solutions possibles. Un principe essentiel a guidé les échanges : les personnes concernées doivent rester actrices de leur parcours, libres de leurs choix et décisionnaires des réponses qui leur sont proposées.

Une mobilisation collective à poursuivre

Cette édition toulonnaise de la Journée mondiale du refus de la misère a réuni un large collectif d’associations : Action contre la faim, Amnesty International, ATD Quart Monde, Habitat et humanisme, l’Union Diaconale du Var avec Les Amis de Jéricho-UDV, Kaïré-UDV, Logivar – UDV ainsi que Promo Soins UDV Toulon Métropole, L’Autre c’est nous, Les Mains à la pâte, la Ligue des Droits de l’Homme, le Mouvement du Nid, l’Ordre de Malte, les Petits Frères des Pauvres, le Secours Catholique.

Leur présence témoigne de la diversité des acteurs engagés dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

À travers les récits partagés à Domensa, un message s’est imposé : lutter contre la misère ne consiste pas seulement à aider les personnes en difficulté, mais aussi à les écouter, à reconnaître leur expérience et à leur permettre de prendre part aux décisions qui les concernent.

Les organisateurs espèrent désormais que la prochaine édition réunira encore davantage de participants. Car refuser la misère, c’est aussi refuser l’indifférence et faire vivre, au quotidien, une solidarité qui ne laisse personne sur le bord du chemin.

Article réalisé à partir du compte rendu et des photos de Michèle Monte.


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