Var Azur Linge ou «le bon marché» revisité

Partenaires Var Azur Linge : entreprise d'insertion leader du textile dans le département.

Var Azur Linge : entreprise d’insertion leader du textile dans le département.

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Fondée en 1990, l’association Var Azur Linge est aujourd’hui un acteur incontournable de la revente de textile dans le département. Nous avons choisi de vous raconter l’histoire de cette entreprise qui redonne une deuxième vie aux vêtements d’occasion et une deuxième chance aux personnes salariées en insertion.

Au fil du temps et jusqu’en janvier 2014 sont nés 5 ateliers de collecte et de tri, ainsi que 13 boutiques de vente, dont vous trouverez la liste et les adresses en fin d’article. Pour que vous, lecteurs, puissiez prendre conscience de tout le travail qui s’opère en amont d’une vente, nous sommes allés visiter l’atelier situé à La Garde.

La Garde : un Atelier de collecte, tri et vente aux professionnels et aux particuliers

C’est Nadine Moller, responsable depuis 1999, qui nous accueille dans cet immense bâtiment créé en Août 1997. Elle y dirige 12 salariés : employées au tri, chauffeurs, atelier (repassage et couture) qui sont en Contrat aidé de 26 heures sur 3 jours ½. D’entrée, l’ambiance de ce lieu de travail est accueillante, sympathique et calme. Chaque « trieuse » est à sa table, entourée de sacs à la destination bien précise. Elles se retrouveront à l’heure du déjeuner pour la pause dans une cuisine bien équipée.

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Le poste de travail d’une « trieuse »

Voilà le parcours de nos dons « en nature » : on appelle « original » ce qui est récupéré dans les associations. Le linge et aussi des objets de toutes sortes (vaisselle, jouets, bibelots etc.). Les chaussures « femme » sont de loin de meilleure qualité. Les plus belles vont en boutique, les autres sont présentées dans des bacs à des prix très modiques.

La raison de ces dons ? Les déménagements, les décès, tous les changements de modes ou de tailles, bref tout ce dont nous ne voulons plus et que nous pensons pouvoir servir à d’autres. Parmi ce qui est donné, 10% partent dans les boutiques, 10% sont vendus au poids à 2,80€ le kilo… et 80% sont considérés comme rebut et envoyés au recyclage.

Tout ce qui est donné n’est pas automatiquement lavé mais tout est repassé, vérifié et passé à l’atelier couture, si nécessaire (boutons, ourlets, reprises…). A l’extérieur du hangar se trouve un espace réservé à l’étendage du linge.

500 tonnes de textile collectées chaque année !

L’association reçoit beaucoup de vêtements Femme, Enfant et Bébé, et beaucoup moins de vêtements Homme. Les femmes seraient-elles plus dépensières ? Nous dirons simplement que notre époque de surconsommation est bien présente dans ce domaine. Elle entraîne des collectes avoisinant 500 tonnes de linge par an rien que pour le Var ! Pour le seul mois de décembre, 22 tonnes de textile sont arrivées à La Garde !

Les employées nous racontent ce que l’ouverture des sacs de vêtements peut avoir parfois de divertissant, de décevant, voire même d’odorant… Les « petites mains de la solidarité » ont bien des anecdotes à raconter !

Au fond de l’entrepôt est alignée une série de portants. Sur chacun, une étiquette portant le nom d’un magasin. Tous les mercredis, les camions livrent aux boutiques ces vêtements redevenus impeccables. Ils sont triés par saison et selon leur usage (ski, plage…). En hiver, on range dans des sacs le tri pour l’été et inversement.

Il y a également un secteur Brocante qui attire pas mal de brocanteurs. On trouve aussi le secteur « Vintage », qui assure un bon chiffre d’affaires, puis celui dénommé « Carnaval ». Enfin, un bac pour les tissus qui renferme toutes sortes de coupons vendus 2,80€ le kilo. La Friperie se trouve uniquement à La Garde. 

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Les vêtements sont prêts à partir dans les différents magasins

Les sacs destinés au recyclage (les rebuts) sont donnés gratuitement à une entreprise deux fois par mois. Ces vêtements qui ne peuvent être ni vendus, ni même donnés, sont alors transformés en goudron, isolants, garnissage de sièges etc. Chaque sac de rebut pèse 13 kilos et on en remplit une centaine par jour, que l’on empile à l’entrée. Les porter à la déchetterie reviendrait trop cher. L’Association « Le lien 83 » récupère les boucles de ceinture et autres garnitures, ainsi que des sacs de toutes sortes ; les personnes handicapées fabriquent des sacs à main. Ils récupèrent aussi les peluches de second choix.

L’association Var Azur Linge donne gratuitement aux prisons, à Promo soins, aux Amis de Jéricho, à l’Association « Sans Toit, et si c’était toi ? », aux services hospitaliers pour les enfants malades, et aux refuges comme la SPA.

L’argent des ventes sert à assurer les frais de fonctionnement de toute l’association :

  •  Entretien des boutiques,
  •  Entretien des 2 camions, réparations et carburant,
  •  Chauffage de l’atelier de La Garde,
  •  Les sacs poubelle (1000 euros par mois rien que pour La Garde),
  •  La lessive et le détachant,
  •  L’électricité.

Le travail de la responsable est conséquent : il faut organiser les plannings de tous les employés, et 26 heures sur 3 jours ½, cela relève souvent du casse-tête ! Puis une fiche pour le contenu de chaque portant, une facture pour chaque vente (même si la somme paraît dérisoire), et enfin les feuilles de stock et de rendement où sont consignés le nombre de sacs et de kilos triés. Avant de vous faire part de notre visite dans une des boutiques, nous vous proposons un récit historique de la création de l’association.

Une communauté de destins

A l’origine de l’association, le constat de la surabondance des dépôts de vêtements et autres objets dont les associations ne savaient plus que faire… Les fondateurs souhaitaient créer une structure organisée : un système qui permettait d’éviter la submersion de dons et restait malgré tout au service de la solidarité.   

En janvier 1990 fut organisé à Toulon un Forum des initiatives d’insertion. Il eut pour objectif de réunir étudiants, entreprises, travailleurs sociaux et allocataires du RMI (revenu minimum d’insertion, ancêtre du RSA), pour chercher ensemble des solutions inédites. L’organisation de l’événement revint à la Mission étudiante, alors animée par le diacre Gilles Rebêche, s’appuyant sur le stage d’un jeune novice jésuite à la Diaconie. C’est à l’occasion de ce Forum que l’entreprise d’insertion Var Azur Linge fut lancée le 4 octobre 1990.

Les étudiants avaient réalisé un dossier de faisabilité pour créer cette entreprise qui permettait de :

  •  Lutter contre le gaspillage,
  •  Protéger l’environnement,
  •  Créer des emplois,
  •  Offrir une prestation de service aux plus démunis, en l’occurrence la vente de vêtements à prix modiques.

Puis un groupe d’étudiants de Sciences-éco déclaré en association, « Coralie », se proposa d’aider la jeune entreprise à se constituer. Laurence Boillée, assistante sociale de profession, accepta de se consacrer à construire ce projet dont elle devint la première présidente fondatrice. Soutenue par une religieuse novice en stage elle aussi à la Diaconie, Laurence put s’appuyer sur ce groupe d’étudiants pour créer l’entreprise, en lien avec de nombreux partenaires associatifs : Conférence Saint-Vincent de Paul, Equipes  Saint-Vincent, Association des Paralysés de France, Secours Catholique, Amis de Jéricho…

Pour tous les acteurs, il était essentiel que le côté humain de l’entreprise soit pris en considération avant le seul aspect économique. 

Le Secours Catholique du Var – alors présidé par Michel Martin qui prit cette aventure à cœur -, avait à cette époque le plus grand nombre de points d’accueil des dons de vêtements. La responsable de son vestiaire fut d’accord pour organiser un atelier de tri, lavage, repassage et vente au n°15 du boulevard du Commandant Nicolas. L’objectif était de convaincre les différents vestiaires de la nécessité d’une mise en commun de toutes les actions. Puis il fallut structurer le tout comme une véritable entreprise au sein de laquelle étaient organisés la collecte, le tri, puis la vente à des tarifs très modiques. Le démarrage se fit d’abord uniquement avec des bénévoles.

La notion d’insertion par l’économique était le « fil rouge » de cette aventure. Il s’agissait d’aider des personnes en difficultés socio-professionnelles à retrouver le chemin d’un emploi durable par le biais du commerce de biens d’occasion en magasin.

La structure allait donc embaucher des personnes en réinsertion et recruter des vendeuses alors au chômage.

Visite d’une des 2 boutiques de vente à Hyères

Revenons sur le terrain. L’accueil souriant d’Yvette Jorda nous invite à découvrir un magasin créé en 1999,  très bien agencé, raffiné, où vêtements et accessoires sont présentés avec un goût qui n’a rien à envier aux chaînes de vêtements de nos zones commerciales. Rien à voir non plus avec une « friperie » ordinaire. Deux cabines d’essayage sont à disposition, ainsi les clientes peuvent prendre leur temps pour faire leur choix. La vitrine est attirante et le stationnement assez aisé !

Une rencontre sympathique qui donne envie de revenir.

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La boutique de Hyères

Enfin, nous avons tenu à rencontrer François Fogu, directeur de cette entreprise à caractère vraiment exceptionnel.

Visite de la boutique avenue François Cuzin  à Toulon et rencontre avec François Fogu

« Nos missions », nous explique François Fogu, « sont reconnues par les partenaires institutionnels, tant au niveau du style et de la qualité de notre travail, qu’à celui de l’effort de réinsertion des personnes au chômage. Actuellement, la prudence ne nous permet pas d’initier de nouveaux projets mais nous consolidons au maximum les actions en cours ».

En effet, l’association fonctionne avec des budgets de plus en plus restreints, à cause de la diminution des subventions de l’Etat et des collectivités territoriales.

De plus, l’association a pu constater depuis le début de la « crise » une légère diminution de la quantité et de la qualité des dépôts,  due au fait que beaucoup de gens participent désormais à des vide-greniers pour leur compte personnel ou revendent vêtements et objets en très bon état sur des sites internet bien connus.

En ce qui concerne les procédures d’embauche, Var Azur Linge transmet les offres de recrutement à Pôle Emploi, qui opère une première sélection dans les candidatures. Les travailleurs sociaux ciblent les bénéficiaires du RSA. Il y a en outre tout un réseau d’associations qui mettent les candidats en lien avec les structures d’insertion.

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Les employées au travail dans l’atelier de collecte

En 2006, Var Azur Linge a obtenu le statut de Chantier d’Insertion Permanent, ce qui permet de financer sans problème les actions d’accompagnement socioprofessionnel et de bénéficier de l’augmentation constante des budgets de formation.  L’Association 3TI est chargée du suivi des parcours en externe, et Var Azur Linge adhère au réseau Tissons la Solidarité, basé à Paris

Le salarié signe alors un contrat de 12 à 18 mois, malheureusement non renouvelable suite à l’interdiction faite par les pouvoirs publics, et ce afin de remettre plus de monde au travail. Malgré tout, les dossiers des anciens employés restent à l’association. 

En ce qui concerne la clientèle, les gens n’ont maintenant plus de complexes à venir acheter dans les boutiques de Var Azur Linge, même si Toulon a mis du temps à s’habituer à ce genre de commerce. L’éventail des situations sociales s’est ouvert avec le temps et l’augmentation de la précarité dans des catégories considérées jadis comme « moyennes » explique cette « nouvelle » fréquentation. Cette clientèle est fidélisée et différente selon le lieu d’implantations des boutiques. Par exemple : le Pont du Las est un quartier populaire, Vincent Cordouan Centre-Ville est un quartier « branché » (petites tailles, femmes jeunes), etc. Il existe aussi une certaine  « culture » de la friperie.

Les magasins voient arriver des gens qui ne seraient jamais venus il y a même une dizaine d’années. Et le magasin reçoit aussi pas mal de personnes qui viennent acheter pour des résidents de maisons de retraite.

Vous avez pu le constater, le processus de ce commerce est simple mais exige une grande rigueur. Les clients ont un vrai statut d’acheteurs et non plus de « bénéficiaires ». Car on peut être pauvre et vouloir conserver un maximum de dignité (par exemple, pouvoir « s’habiller » pour un entretien d’embauche).

Quant au personnel, on y trouve tous les âges, mais surtout des femmes de plus de 45 ans ayant perdu tout espoir de retrouver un emploi : la remise en confiance en soi est primordiale.

L’entreprise se veut attentive à tous et à chacun selon son propre parcours de vie. 

En conclusion, ne vous privez pas du désir d’acheter.

En vous faisant plaisir,  vous ferez aussi une bonne action !

Voici toutes les adresses des boutiques (avec leurs dates de création), où vous pourrez participer à la lutte contre cette détresse financière qui en entraîne tant d’autres, personnelles, familiales et sociales :

  •  98 impasse Branly – ZI TOULON-Est La Garde (avec vente) – Juin 1997
  •  15 bd Cdt Nicolas – Quartier Montéty – Toulon (avec boutique) – Septembre 1991
  •  31 rue Lice de Signon – BRIGNOLES (avec boutique) – 1999
  •  87 avenue de Verdun – FREJUS centre-ville (avec boutique)2001
  •  7 rue Félix Martin – SAINTE-MAXIME – Mars 1995
  •  262 av. François Cuzin – TOULON Saint jean du Var – Octobre 1993
  •  22 rue Berthier – Saint jean du Var – Février 1992
  •  7 rue Vincent Cordouan – Toulon centre-ville – Mai 1994
  •  21 rue du Jeu de Paume – Pont du Las – Toulon – Novembre 1998
  •  57 cours Louis Blanc – LA SEYNE-SUR-MER centre-ville – 1998
  •  61 avenue Alphonse Denis – HYERES (anct.Gambetta) 1999
  •  1 rue Jean Ribier – Hyères centre-ville – 2002
  •  26 rue de la République – BRIGNOLES – Janvier 2014
  •  Galerie « Ambre Marine » – SAINTE MAXIME centre-ville – 2001

Par Aline Racheboeuf, auteur bénévole à Iota


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