UDV : les épiceries solidaires du réseau

Insertion Objectif : accompagner les personnes qui en ont besoin

Objectif : accompagner les personnes qui en ont besoin

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« C’est avec les gros sous de cuivre, que l’on achète de quoi vivre, et qu’elle, la peau sur les os, peut donner, à l’heure où l’on dîne, à son bambin, à sa bambine, du mouron pour les p’tits oiseaux. » 

Jean Richepin, la Chanson des Gueux 1881

Depuis la nuit des temps, le manque de nourriture est un des stigmates les plus visibles de la pauvreté. Ne pas pouvoir se nourrir, et pire encore, ne pas pouvoir nourrir sa famille, est une profonde humiliation, une  humiliation visible de tous.

La perte de repères par rapport au reste de la population entraîne forcément une perte de confiance en soi, un repli sur soi,  un refus de communiquer qui peuvent aller jusqu’à la violence, et au vol : vol à l’étalage, dans les supermarchés, employées licenciées pour avoir pris de la nourriture, clients pris en flagrant délit de se restaurer dans les rayons, ouverture de pots, de sacs, de boîtes que l’on replace tout au fond après en avoir consommé une partie… Une caissière de supermarché raconte que des mamans amènent leurs enfants après la sortie de l’école pour qu’ils y goûtent…

Nous avons tous le souvenir de « pauvres » écumant les restes de nos marchés de quartier. Au marché du cours Lafayette, à Toulon, on constate un ramassage des invendus lors des fins de vente.

On voit désormais grandir une détresse méconnue jusqu’alors : celle des personnes âgées, principalement des veuves qui n’ont que la réversion de leur mari et qui, après avoir payé loyer et charges (même minimes) n’ont plus grand’chose pour se nourrir. Elles n’ont pas été préparées à  une situation que, par pudeur, elles taisent à leur entourage.

Une idée extraordinaire

De longue date on a vu se multiplier les distributions de colis alimentaires, de repas, organisées par quantité d’associations touchées à divers titres par la pauvreté grandissante des populations.

Mais plusieurs questions restaient en suspens :

  • Comment proposer une alimentation saine aux plus démunis ?
  • Comment conserver à ces populations en grande difficulté économique, une dignité  de clients à part entière et non un statut de simples bénéficiaires ou d’assistés ?
  • Mais plus encore : comment aider les personnes en situation de précarité à se sortir du surendettement ?

C’est alors qu’est apparu un concept novateur : celui des  épiceries dites sociales ou solidaires. Les premières  dépendent  d’une municipalité ou d’une communauté de communes, les secondes ont une forme associative.

En Avril 2000, une association est née au plan national : ANDES, Association Nationale de Développement des Épiceries Solidaires. L’idée était de créer des structures où des produits alimentaires de qualité seraient proposés moyennant une participation financière modique à des personnes en précarité envoyées par un travailleur social. Ainsi le « client » resterait client : même en ne payant que 10 ou 30 % du prix normal, sa dignité serait respectée. Les rayons étant organisés en self-service, il aurait la possibilité de choisir selon ses goûts, sa culture et ses habitudes alimentaires.

ANDES est actuellement le principal réseau d’aide alimentaire en France et a reçu en 2014 le Prix de la Finance Solidaire, catégorie « Lutte contre l’exclusion ».

Il y a actuellement environ 700 Épiceries solidaires ou sociales en France. Et il faut bien garder à l’esprit qu’avant d’être une forme d’aide alimentaire, le principe des épiceries sociales ou solidaires, est fait pour aider les personnes à gérer une situation de surendettement !

C’est aussi bien sûr l’occasion d’y développer les concepts de l’Economie Sociale et Solidaire, communément appelée l’ESS.

Épicerie et convivialité

Pour chaque personne, pour chaque famille, on part du « RESTE A VIVRE », quand ont été réglés loyer, eau, électricité. Actuellement, ce reste à vivre se situe entre 3 et 6 euros par jour et par personne. Grâce à l’économie réalisée sur les produits alimentaires, l’usager de l’épicerie solidaire peut parvenir, petit à petit, à élaborer, puis mener à bien un projet qui lui améliore la vie :

  • Réparer sa voiture (souvent indispensable pour retrouver un emploi).
  • S’acheter un deux-roues (pour les mêmes raisons).
  • Faire des réparations ou des aménagements dans son logement.
  • S’habiller de meilleure façon et habiller ses enfants.
  • Acheter un appareil électro-ménager (réfrigérateur, lave-linge).

Contrairement aux grandes surfaces, les Épiceries solidaires se veulent un lieu d’accueil, d’écoute et de partage. On y prend le temps d’échanger les nouvelles, de sentir si une question se pose ou si un conseil est nécessaire. Les salariés et les bénévoles savent qu’un simple mot peut ouvrir les vannes d’une histoire douloureuse, que derrière un regard furtif on devine la pudeur, et une certaine honte d’en être arrivé là. Que d’échanges à peine esquissés devenus confidences au fil des jours ! Logement, emploi, santé, éducation, tous sujets à aborder de façon très simple, en y mettant les formes pour ne pas effaroucher, ne pas rouvrir de cicatrices.

Car, pour celui qui est en difficulté, demander de l’aide est une démarche pénible. Cette impression de gouffre qui s’ouvre sous ses pieds, elle est bien réelle, c’est quelque chose d’irréversible  qui met à la bouche un goût amer de culpabilité et qui vient s’ajouter à l’angoisse du lendemain pour lui et pour les siens.

C’est pourquoi l’Epicerie solidaire propose des activités en plus de l’alimentation : pour aider les personnes à se tourner petit à petit vers l’extérieur et à quitter l’enfermement où elles ont tendance à se réfugier. Ateliers cuisine, ateliers parents-enfants, groupes de paroles, sous la houlette d’animateurs ou d’animatrices et de conseillères en économie sociale et familiale. Toutes ces propositions, en leur redonnant une vie sociale, les aideront éventuellement à retrouver un logement décent, un travail ou même tout simplement leur place au sein de leur famille et de leurs amis.  N’oublions pas que chômage et dislocation de la famille sont en tête de liste des causes de détresse.

Venez maintenant découvrir 3 Épiceries solidaires du réseau de l’Union Diaconale du Var. Laissez-vous tout simplement surprendre par ce qui se vit dans ces magasins pas comme les autres.
 A TOULON, la Beaucaire Tour 80

Thérèse FAIVRE  gère avec 6 salariés, dont 4 en insertion,  ce magasin devenu Épicerie solidaire en 2006, et  où Amitié Cités (fusion de 3 associations), est reconnu Chantier d’insertion depuis le 7 Janvier 2016. L’association Vigies avait été créée en 2000 pour regrouper diverses actions menées à La Beaucaire par l’UDV, le Secours Catholique et la Société Saint-Vincent de Paul. Les salariés ont des contrats d’insertion de 6 mois renouvelables et de 20 heures par semaine. L’épicerie est ouverte le Mercredi après-midi, le Jeudi toute la journée et le Vendredi matin. En décembre 2015, une antenne s’est ouverte au Jonquet afin de pouvoir toucher plus de familles.

Ici, on est approvisionné en surgelés, produits frais, secs, laitiers, fruits et légumes. ANDES complète l’apport de la Banque alimentaire. Le panier hebdomadaire d’une personne représente une valeur de 40 euros mais sera payé entre 10 et 30% du prix marchand. Des produits d’hygiène et la lessive sont également proposés à la vente.

L'épicerie de la Beaucaire

L’épicerie de la Beaucaire

Au contact d’une population qui a besoin d’aide, Thérèse Faivre assure que le plus intéressant dans ce travail est bien le côté humain avec tout son potentiel relationnel et affectif.

L’association reçoit 40 à 45 familles par semaine qui rencontrent chaque mois en individuel la conseillère en économie sociale et familiale. En collectif, il y a des ateliers pédagogiques, des sorties, des activités manuelles, un atelier cuisine, et le mercredi un atelier lecture « Lire et faire lire », suivi d’un goûter parents-enfants. Une boutique de linge est aussi à disposition, alimentée par des dons en vêtements, jeux, livres. L’Association Dons Solidaires fournit les cadeaux de Noël que l’association donne aux enfants des familles adhérentes lors de son traditionnel goûter de Noël, et des lots de produits variés qui viennent, pour certains, agrémenter la boutique (kits rentrée).

A DRAGUIGNAN, « la Musette »

Ouverte en 2010, c’est un espace d’insertion dirigé par Servane DECHAUX aidée de 4 salariés. L’association porteuse est Dracénie Solidarités. A l’épicerie proprement dite, s’est ajoutée en septembre 2014 une Épicerie itinérante qui dessert Le Muy, Vidauban et Callas, débordant sur les villages alentour, 11 communes en tout. Les tournées se font un jeudi sur deux. Sur 35 familles à Draguignan et une trentaine à l’épicerie itinérante, on compte 35% de femmes seules, une majorité de clients au chômage et 60% au RSA.

Ici, pas de Banque alimentaire, les fournisseurs sont Carrefour et Intermarché qui approvisionnent deux fois par semaine. La viande provient des dons de ces 2 supermarchés, de même que les friandises et les fleurs. Les fruits et légumes et les produits laitiers  sont les produits les plus vendus.

Servane DECHAUX, responsable de "la Musette"

Servane DECHAUX, responsable de « la Musette », portée par Dracénie Solidarités.

Pendant les vacances scolaires, sont organisés des ateliers Parents-Enfants où les sujets sont choisis par la Conseillère, les Parents et les Enfants. L’atelier de Loisirs créatifs a beaucoup de succès auprès de tous, petits et grands. Grand succès aussi pour l’Atelier de fabrication de produits de beauté : chacune fabrique son produit (crème de jour, gommage…), et l’emporte à la maison.

A SAINT MAXIMIN LA SAINTE-BAUME

Mathieu GALAND et l’association Garrigues sont en contact avec environ 800 personnes par an, ce qui représente 300 ménages. Ce sont des familles nombreuses, des familles monoparentales, et maintenant des travailleurs pauvres et des personnes âgées.

« Le but est de développer des initiatives au-delà de l’aide matérielle concrète apportée aux familles en difficulté, de proposer des espaces de convivialité afin que chacun retrouve sa place et son rôle social », explique le directeur.

Cette Épicerie solidaire est totalement itinérante : le CAMION-MAGASIN dessert 5 villages en point fixe, à raison d’un village par jour, ce qui représente un total de 60 communes par semaine touchées par la tournée. Lorsque le camion arrive, chaque matin, il doit être repéré comme un lieu social (point café, accueil des clients…) .

L'épicerie itinérante

L’épicerie itinérante portée par l’association Garrigues, basée à Saint-Maximin.

Si la matinée est consacrée à l’Epicerie proprement dite, l’après-midi est réservée aux ateliers : Cuisine, Informatique, magie, déco-meubles, musique et chant (un des éducateurs est musicien). Les personnes d’abord accueillies peuvent devenir accueillantes : chacune est susceptible d’avoir un talent et de pouvoir le mettre au service des autres.

Dernière nouveauté : une cuisine vient d’être montée dans le camion-magasin, ce qui va permettre de réaliser une fois par mois un atelier cuisine dans tous les points de vente. Jusqu’à présent, ce n’était possible que dans les villages disposant d’une salle avec cuisine sur place.

Questions sans réponse,  réflexions en tous genres…

Ces propos sont le fruit des échanges avec les trois responsables des épiceries solidaires.

  • Devant la précarité, comment demander aux gens de rester lucides, de « faire avec ce qu’ils ont » ou bien de « se contenter de ce qu’on leur donne » ?
  • « Que feriez-vous si on n’était pas là ? » dit une bénévole à l’intention d’une personne démunie…
  • « Pourquoi laisser ces gens avoir des enfants ? »…
  • « Ce n’est pas normal qu’il y ait tant de choses à disposition… et même du superflu… » : entendez par là des bonbons, des viennoiseries, des fleurs,  ce qui revient à penser que le pauvre n’a plus le droit de se « faire plaisir » comme tout être vivant « normalement » constitué.
  • « Et combien de resquilleurs pour un vrai pauvre ? » : question ou exclamation récurrentes.
  • Pourquoi le mot « insertion » sonne-t-il aux oreilles de beaucoup d’entre nous comme « sortie de prison » ?

Fait divers qui nous a été rapporté : une jeune femme en situation de précarité passe tous les jours devant une vitrine de vêtements chics. Jamais, elle ne pourra y entrer mais la tentation est forte d’y chercher malgré tout un petit quelque chose qui lui donnera cette illusion d’être comme tout le monde. Elle a repéré le tee-shirt de ses rêves : peu de tissu, prix raisonnable (pour toute autre qu’elle)…. Alors, un jour, elle entre, achète et repart à toute vitesse, ne sachant plus si elle doit ou non être heureuse. C’est le lendemain que la réalité  lui saute aux yeux – et au cœur : le prix du vêtement a emporté avec lui de quoi acheter la boîte de lait du bébé.

En guise de conclusion…

Comme vous pouvez le constater, ces structures bien particulières prennent à cœur d’aider les personnes à un autre niveau que celui de l’aide alimentaire ou purement économique, à un niveau humain : reprendre leur vie en mains, regarder de nouveau devant soi, faire des projets… réapprendre à vivre !

Et il faut bien dire aussi que les efforts des acteurs de ce partage  long et difficile, de cet accompagnement souvent ingrat, de ces heures de plongée dans les soucis des autres ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur, tant par leurs « protégés » que par leurs pairs.

«  Si je peux transmettre une certitude à ceux qui vont mener la lutte pour mettre plus d’humanité en tout, c’est – décidément, je ne peux pas écrire autre chose – la vie, c’est apprendre à aimer. »  

Abbé Pierre, Testament

Par Aline RACHEBOEUF, auteure bénévole à IOTA.

Photos : Delphine Dumont et associations.

 

 


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