Toulon : naissance de l’épicerie solidaire Rosalie !

Dans les locaux de l’Eglise Sainte-Thérèse, au Pont de Suve à Toulon, une épicerie solidaire vient d’ouvrir ses portes ! Elle est le résultat d’un travail collaboratif de trois années au service duquel l’association Amitiés Cité UDV s’est investie dès le premier jour.

Animée par la Conférence Saint Vincent de Paul de la paroisse, elle s’appelle Épicerie de Rosalie. 

Voici ce qui en est dit par ses responsables :

« Si la Conférence est l’initiatrice du projet, l’épicerie n’aurait pas vu le jour sans la participation des assistantes sociales de l’unité de Sainte Musse qui dirigent les personnes accueillies, de l’association Amitiés Cité UDV qui assure la logistique, de la paroisse Sainte Thérèse qui héberge l’épicerie et soutient la Société de Saint-Vincent-de-Paul (SSVP) depuis toujours, et de l’association du Rocher qui animera des ateliers d’accompagnement.

Un accueil de qualité réalisé par les membres de la Conférence (équipe de bénévoles) permet de rencontrer et de découvrir qui sont les «clients» de Rosalie. Notre premier objectif, c’est d’apaiser cette relation de dépendance souvent ressentie comme douloureuse et que l’on transforme en un moment délicat et doux d’accompagnement vers un projet défini ensemble. »

La Conférence de Sainte-Thérèse est depuis peu animée par 3 femmes : Ghislaine Goberville, Véronique de Truchis et Patricia Fouques qui ont été tentées de faire l’expérience d’une petite équipe au lieu d’une seule personne.

L’épicerie solidaire, c’est une formule qui commence à être mieux connue de tous, et qui répond à deux interrogations quasi existentielles :

  • Comment faire accéder les plus démunis à une alimentation saine et variée ?
  • Comment ces populations en grande difficulté économique peuvent-elles passer du statut de « bénéficiaires », c’est-à-dire « d’assistés », à celui de clients libres de choisir un produit au lieu d’en recevoir un – gratuitement, certes – mais qui ne leur conviendra pas pour des raisons médicales (diabète, par exemple) ou tout simplement de goût, d’habitudes alimentaires, de tradition. Un même colis ne saurait convenir à une personne âgée et à une maman avec de jeunes enfants.

L’assistante sociale part donc du reste à vivre d’un foyer après que loyer, eau, gaz, électricité, assurances aient été réglés. Cela va actuellement jusqu’à 6 euros par jour et par personne, mais bien des gens sont en dessous de 3 euros…

Quartier Ste Musse, à Toulon, l"épicerie de Rosalie

Quartier Ste Musse, à Toulon, l’épicerie de Rosalie

L’épicerie solidaire aide ces familles à acheter les produits alimentaires, d’hygiène et d’entretien à des prix minimes. Avec les économies réalisées, elles peuvent mener à bien un projet qui améliorera leur quotidien : réparations dans le logement, achat d’un lave-linge, d’un réfrigérateur, achat de vêtements (qui eux aussi peuvent se trouver dans des magasins à prix cassés).

Ainsi peuvent s’atténuer, jusqu’à disparaître, les sentiments de dépendance, voire de culpabilité, engendrés par des situations vécues comme une descente aux enfers.

A l’Epicerie de Rosalie, comme dans toutes les autres, on découvre un lieu amical d’écoute et de partage. Autour d’une boisson chaude, bénévoles et « clientes » discutent de la pluie et du beau temps. Lorsqu’on se sentira en confiance face à des bénévoles pleins de respect et de discrétion, des confidences viendront, qui aideront souvent l’équipe de la Conférence à progresser dans la connaissance réelle de la situation.

En toutes choses, c’est la dignité de la personne qui prime.

Des ateliers sont prévus pour permettre aux accueillis de se changer les idées, de se faire plaisir…

Saint Vincent de Paul ou « l’amour est inventif jusqu’à l’infini »

Depuis le XVIIème siècle jusqu’à nos jours, le seul nom de St Vincent de Paul a évoqué toute la misère du monde. Une misère aux multiples visages que beaucoup de gens découvrirent en 1947 avec le film Monsieur Vincent. Il faut parfois le choc de l’image vivante pour réaliser ce que les mots d’un livre ne traduisent pas forcément.

J’avais 15 ans, je suis sortie du cinéma bouleversée, et dans tout ce que j’ai pu ensuite lire ou voir sur ce Grand Siècle que fut le XVIIème, il y a toujours eu dans le filigrane ces populations de l’ombre – citadins, paysans, orphelins ou galériens –  disparaissant sous les splendeurs de l’architecture, des arts, des sciences et du luxe vestimentaire.

Saint Vincent de Paul, né en 1581, mort en 1660, canonisé en 1737 est le saint patron des œuvres charitables.

Comment ne pas citer les fondations dont il fut l’artisan ?

Congrégation des Prêtres de la Mission (Lazaristes), Compagnie des Filles de la Charité, Confrérie des Servantes et des Gardes des pauvres (Dames de Charité), Œuvre des Enfants trouvés, Union chrétienne de Saint-Chaumond (pour l’éducation des enfants et jeunes filles), Hospice du Saint Nom de Jésus, Hospice pour personnes âgées (qui deviendra l’Hôpital de la Salpétrière)…

Partout, il donnera aux femmes, qu’elles soient célibataires, mariées ou veuves, la place et les responsabilités qui leur reviennent dans une « Eglise des pauvres pour les pauvres ».

On a évalué à plus de 30 000 le nombre de lettres échangées avec ses correspondants…

St Vincent de Paul, un "géant" de la charité. Source Wikipédia

St Vincent de Paul, un « géant » de la charité. Source Wikipédia

Mais ce que l’on a toujours retenu de lui, c’est cette silhouette arpentant les rues de Paris ou les routes de campagne à la recherche des plus pauvres de toutes catégories, à commencer par les enfants abandonnés dont il avouait en trouver « à peu près un par jour ».

Homme d’action s’il en fut, Monsieur Vincent consacrait 3 heures par jour à la prière, source de sa force inépuisable. Ensuite, il repartait et disait « laisser Dieu pour Dieu », celui qu’il voyait dans les autres.

La spiritualité vincentienne enracine donc toute action dans la prière, individuelle ou collective, et réciproquement la rencontre des personnes pauvres nourrit cette prière.

Comme l’a écrit Benoit XVI : « Si le poumon de la prière et de la Parole de Dieu n’alimentent pas la respiration de notre vie spirituelle, nous risquons de nous étouffer au milieu des mille choses de chaque jour. »

« Les vertus méditées et non pratiquées sont plus nuisibles qu’utiles » – Saint Vincent de Paul

Avec un tel exemple, il était normal, logique, qu’au cours des siècles une telle œuvre perdure et grandisse à travers le monde.

Dans l’article d’aujourd’hui, il sera essentiellement question de la Société de Saint-Vincent de Paul, fondée en avril 1833 sous le nom de Conférence de la Charité. Une association de laïcs dont le fondateur, Frédéric Ozanam a été béatifié en Août 1997 aux JMJ de Paris par Jean-Paul II, et  guidée à ses débuts par Sœur Rosalie Rendu (Fille de la Charité canonisée en 2003 par Jean-Paul II également.

« Serviens in spe », servir dans l’espérance, telle est la devise internationale de la Société.

Dispersés sur tous les continents, ses membres essaient de vivre au mieux le service des pauvres avec tendresse, compassion, voyant le Christ en chacun d’eux. Voir les réalités qui s’imposent, travailler en équipe car « seul on ne peut rien faire », savoir discerner les  besoins de ceux que l’on rencontre, conscient que la simple rencontre ne suffit pas mais qu’il est indispensable d’ aller vers l’autre, tel est le cap à ne jamais perdre de vue.

A l'épicerie de Rosalie, la dignité humaine passe en premier

A l’épicerie de Rosalie, la dignité humaine passe en premier

Aujourd’hui, les équipes de bénévoles sont appelées Conférences et elles agissent suivant les besoins locaux :

  • Par la lutte contre la solitude et la souffrance morale : visites à domicile, partenariat avec les services sociaux.
  • Par l’aide d’urgence, alimentaire, financière, administrative et toutes formes d’accompagnements.
  • Par des actions auprès des familles, des jeunes en rupture familiale, par le soutien scolaire.
  • Par l’aide à la réinsertion sociale et économique (projet de vie à construire).

« Je ne puis pas plus me résigner à voir le mal qu’à le souffrir » – Frédéric Ozanam

Frédéric Ozanam (1813-1853) n’avait que 20 ans lorsqu’il fonda, avec quelques compagnons et amis la première Conférence de Charité, à Paris. C’est la rencontre avec Sœur Rosalie Rendu qui décidera de l’organisation et de la mise en route de cette nouvelle structure dans la ligne de Saint Vincent de Paul.

Entre les deux révolutions, celle de 1830 et celle de 1848, la misère sociale n’avait fait que se répandre, aggravée par les épidémies de choléra (surtout en 1832 et 1846) qui décimaient des familles entières.

Face à l’industrialisation, aux désordres politiques et à l’absence de lois sociales efficaces, et aussi pour répondre à la critique ambiante sur « l’inutilité de l’Eglise », cette première Conférence, suivie rapidement de beaucoup d’autres, se mit au service des « oubliés de la vie » et autres « laissés pour compte ».

Tous étaient persuadés et proclamaient haut et fort, que la charité devait faire ce à quoi la justice ne parvenait pas toute seule.

Fréquentant Lammenais, Lamartine, Lacordaire, il obtient que ce dernier prêche les premières Conférences de Carême à Notre-Dame de Paris (1834) pour faire face au rationalisme ambiant. Professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, il n’a de cesse de dénoncer les excès d’une société en pleine évolution et d’appeler l’Eglise à se tourner vers les plus pauvres. Il meurt d’épuisement à 40 ans.

Frédéric Ozanam. Source Wikipédia

Frédéric Ozanam. Source Wikipédia

On ne peut pas oublier Emmanuel Bailly, compagnon et ami d’Ozanam, qui fut le premier président de la première Conférence. C’est grâce à lui que se réalisa la rencontre et la collaboration avec Sœur Rosalie Rendu.

« Elle ouvrit sa main à la misère, la tendit au Pauvre. Dans sa bouche, il n’y avait que parole de bonté » – Proverbes, 31

Sœur Rosalie Rendu (1786-1856), appelée « l’Ange du quartier » par les habitants de la rue Mouffetard, avait passé son enfance dans le Jura, au sein d’une famille très estimée. Elle avait connu la Révolution avec la Terreur et les massacres de prêtres réfractaires, puis, à l’âge de 10 ans la mort de son père et d’une de ses sœurs.

A 16 ans, accueillie à Paris au noviciat des Filles de la Charité, elle reçoit le nom de Rosalie pour ne pas être confondue avec une autre sœur qui s’appelle Jeanne-Marie comme elle. Et pendant 54 ans, elle va « traquer la misère pour rendre à l’homme sa dignité.

Dans ce quartier de Paris, le plus misérable qui soit, Sœur Rosalie va se dépenser corps et âme contre la maladie, l’alcoolisme, le chômage, le mal-logement, la délinquance, toutes les misères du monde. Rien ne l’arrête, ni les épidémies de choléra (où elle va ramasser les morts dans les rues), ni les révolutions de 1830 et 1848 où elle monte sur les barricades et secourt les blessés.

L’année 1833 est marquée par sa rencontre avec Frédéric Ozanam et ses amis qui lui demandent ses conseils pour la création de la Conférence de la Charité. Ses 47 ans d’âge  et ses 30 ans à « la Mouffe » sont une aide précieuse pour ces jeunes sans expérience d’un milieu aussi particulier.

Sœur Rosalie sait aussi s’entourer de collaborateurs dévoués et efficaces, les dons affluent ; même les souverains qui se sont succédés à la tête du pays ne l’oublient pas dans leurs libéralités. Les Dames de la Charité (fondées par Louise de Marillac) aident dans les visites à domicile.

Dans le parloir de la communauté, on peut rencontrer des évêques, des prêtres, des écrivains et des hommes politiques. Et même l’Empereur Napoléon III et sa femme, l’Impératrice Eugénie ! En 1852, elle reçoit la Légion d’Honneur mais ne la portera jamais.

Sœur Rosalie Rendu. Source Wikipedia

Sœur Rosalie Rendu. Source Wikipedia

Sœur Rosalie expérimente au quotidien cette conviction transmise par St Vincent de Paul que chaque être humain, quel qu’il soit, est le visage du Christ.

Elle incite ses sœurs à prendre le temps de l’oraison avant les visites aux pauvres. Parfois, elle fait l’oraison en route, « marche avec son Dieu », lui parlant de toutes ces détresses rencontrées.

Mais le manque de repos, l’âge et l’accumulation des tâches finissent par avoir raison de son énergie. Devenue aveugle, elle meurt à 70 ans après une courte maladie.

Une foule immense, riches et pauvres unis par la tristesse, l’accompagne à l’église Saint-Médard puis au cimetière Montparnasse et les journaux de toutes tendances se font l’écho de cet hommage unanime à « la Bonne Mère Rosalie ».

Chers lecteurs, si vous souhaitez connaître mieux les actions de la Société de Saint Vincent de Paul, lui offrir un peu de votre temps, cliquez ici pour trouver toutes les infos.

En forme de conclusion, ces trois phrases-clés de la vie vincentienne, à méditer sans modération :

« Il existe un ennemi que vous ne connaissez pas assez : la misère. » F.Ozanam

                                 

« Le plus grand bien que nous pouvons faire aux autres n’est pas de leur communiquer nos richesses mais de leur révéler les leurs » F.Ozanam

 

« Rappelez-vous que les pauvres sont plus sensibles à votre comportement qu’à votre aide. » Sœur Rosalie

Par Aline Racheboeuf, auteure bénévole pour IOTA.

Pour aller plus loin :

Retrouvez notre article sur la Société St Vincent de Paul publié en avril 2018

Retrouvez notre article sur les épiceries solidaires du réseau UDV publié en février 2016

Retrouvez l’article sur la naissance de l’épicerie de Rosalie publié sur le site de la SSVP


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