Romespérance : une jeune association présente aux côtés des Roms à Toulon

Créée il y a un peu plus d’un an, l’association Romespérance a pour mission d’accompagner la population Rom présente dans l’aire toulonnaise. Nous avons rencontré Emmanuel Grossetête, son jeune président, pour qu’il nous présente les activités menées par l’association.

Emmanuel, peux-tu nous dire d’où tu viens et quel est ton parcours professionnel et personnel ?

J’ai travaillé pendant 7 ans dans le réseau de l’UDV au sein de l’ex association Sichem. Géographe de formation, j’ai souhaité revenir à mes premiers amours et travailler dans le domaine de l’aménagement du territoire et de l’économie circulaire. Actuellement je suis autoentrepreneur et travaille sur le projet de Ressourcerie de la Rade,  animé par SAT (Solidarités Aire Toulonnaise) et porté collectivement par les associations AVISO, ISA, Amitiés Cité, Logivar et les Amis de Jéricho, toutes membre de l’UDV. Côté vie personnelle, je me suis marié à Toulon il y a bientôt 10 ans et j’ai la chance d’avoir 3 enfants remplis de vie et d’énergie !

Qu’est-ce qui t’a conduit jusqu’à Romespérance et quelles sont les fonctions que tu occupes au sein de cette association ?

Ce n’est pas parce que l’on quitte une fonction salariée que l’on quitte pour autant son « public » et les Roms sont toujours au bas de ma porte : ils sont toujours là, dans nos rues et je les croise tous les jours. Il y a quelques temps, j’ai été sollicité pour retravailler bénévolement avec les Roms et j’ai accepté ce service de devenir président de Romespérance, ce qui me paraissait être la suite logique de ma mission effectuée ces dernières années.

Crédit : David ZAJAC

Quelles sont les forces vives qui composent Romespérance ?

Romespérance est une jeune association qui a été créée il y a un an. Son Conseil d’Administration est composé de plusieurs administrateurs et personnes ressources très engagés sur le terrain et aussi sur le plan administratif : Anne Nautin, Raymonde Hugonnier, Pascale Spedale, Gilles Rebêche, Ludovic Teillard, Sacha Zenko et Christian Huot pour ne pas les nommer ! Notre fidèle partenaire, le Secours Catholique, est représenté par sa présidente varoise Nathalie Gadéa et Ionut Stan. L’association s’appuie également sur une salariée, Cléa Delacour, qui intervient en tant que médiatrice sociale. Cléa a le mérite d’être très active et elle est très appréciée par les administrateurs et les Roms qu’elle accompagne au quotidien.

Quelles sont les actions qui sont menées par Romespérance et avec quel objectif ?

Romespérance a pour humble vocation d’accompagner les familles Roms de l’aire toulonnaise dans l’accès aux droits et la prise de conscience des devoirs relatifs à toute personne qui vit en France. Il s’agit d’un compagnonnage au quotidien sur trois volets : l’aide à la scolarisation, la médiation sanitaire et l’accompagnement vers et dans le logement. Nous sommes également en lien étroit avec le Secours Catholique pour des missions d’accompagnement des adolescents Roms et pour organiser et promouvoir des manifestations festives et conviviales grâce à l’intervention de Ionut Stan, d’origine Rom et salarié du Secours Catholique.

Peux-tu détailler le contenu de ces missions ?

La plupart de nos missions sont effectuées à la demande de nos financeurs. De fait, nous assurons une mission de délégation pour le compte des pouvoirs publics qui nous financent à hauteur d’environ 65.000€ chaque année.

Pour la scolarisation des enfants, nous émargeons au titre du CLAS (Contrat Local d’Accompagnement Scolaire). Cette mission consiste à accompagner les enfants vers une scolarisation normale, nous agissons également dans le périscolaire : aide aux devoirs et au financement de la cantine, accès à la culture et à la citoyenneté, rencontres avec des jeunes toulonnais d’autres origines etc.

Crédit : David ZAJAC

Nous travaillons aussi avec les parents en leur proposant un soutien à la parentalité et en favorisant la prise de conscience de leurs devoirs de parents. Nous travaillons aussi en lien étroit avec l’inspection académique et les établissements scolaires. A ce titre, nous réfléchissons au sein du réseau de l’UDV pour mettre en place un relais parentalité que nous comptons baptiser « accueil familles Tchidimo », ce qui signifie « rencontre » en langue Romanes. Celui-ci serait installé dans les locaux de la Tente d’Abraham, lieu de convivialité et de rencontres interculturelles situé dans le quartier de St Jean du Var, rue Messin à Toulon.

En ce qui concerne la médiation sanitaire, nous sommes financés par l’ARS (Agence Régionale de Santé) pour, par exemple, l’accès et le suivi des vaccinations des enfants, mais également pour un accompagnement lors des grossesses ou d’infections, maladies en tous genres… et ceci en lien étroit avec Promo Soins Toulon et son EMPS (Equipe Mobile Précarité Santé),  ainsi qu’avec la Protection Maternelle et Infantile (PMI) du Conseil Départemental.

Enfin, nous sommes en partenariat depuis 6 ans avec la Dihal (Direction Interministérielle pour l’Hébergement et l’Accès au Logement), pilotée sur notre territoire par la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), pour tout ce qui a trait au suivi des familles dans la rue ou en logement. Cette action est intimement liée avec une aide à l’insertion professionnelle pour les adultes.

Au total, Romespérance accompagne environ 25 familles soit une centaine de personnes en file active.

Quels sont les écueils que vous rencontrez dans votre mission ?

Un des principaux écueils vient de la difficulté qu’ont les parents à jouer leur rôle d’autorité et exercer leur responsabilité en termes d’éducation des enfants, de transmission des valeurs etc. Une autre difficulté vient du fait que les parents maîtrisent mal la langue française et ils ont donc du mal à intégrer les codes et les valeurs de la France. Pour couronner le tout, ils souffrent de discriminations de la part du reste de la population. Nos actions peuvent sembler irréalisables et nos objectifs inatteignables mais face à cette « montagne » nous nous donnons une obligation de moyens, pas de résultats  à court terme !

Crédit : David ZAJAC

Y-a-t-il une joie ou une satisfaction que tu souhaites nous partager ?

Je suis heureux de constater que le pari misé sur les enfants est réussi : ils ont une bonne connaissance du français, ils sont bien intégrés au sein de leurs classes, nous avons de bons retours de la part des enseignants etc. Nous constatons que ce sont les enfants eux-mêmes qui aident ensuite leurs parents pour la connaissance des règles françaises, la lecture des factures et  des différents écrits administratifs etc. Le pari sur les enfants est un pari gagné qui me procure de la joie !

De plus, le fait de constater qu’une vingtaine de familles que nous avons accompagnées depuis quelques années ont finalement réussies à prendre leur envol et n’ont plus besoin de notre aide, cela aussi me rend heureux !

Après quelques années d’engagement auprès des personnes Roms, je réalise que l’action que nous menons consiste avant tout à espérer contre toute espérance !

Propos recueillis par Christophe Parel, responsable communication de l’UDV.

Vous souhaitez apporter votre aide à Romespérance ?

L’association lance un appel aux bonnes volontés !

Vous pouvez faire un don financier à l’association pour financer le futur accueil familles « Tchidimo » via la Fondation du réseau UDV : https://don.fondationcaritasfrance.org/fondation-union-diaconale-var 

Ou aider une famille à financer les obsèques d’un jeune originaire d’Europe de l’Est, tué par une balle perdue il y a quelques semaines à La Seyne-sur-Mer : https://www.leetchi.com/c/daniel-40144168#utm_source=mail_service_fr&utm_medium=invitation_manual_fr&utm_campaign=mail_service_invitation

Vous pouvez vous engager comme bénévole au sein du futur accueil familles « Tchidimo » ou pour aider à la scolarisation des enfants (aide aux devoirs…).

Contact :
Association Romespérance
55, place de la Cathédrale
83000 Toulon
06 18 14 51 26
[email protected]


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