Promo Soins : remettre l’homme debout

Santé et bien être les 4 Promo Soins du réseau UDV agissent pour la santé des personnes en situation de grande précarité. Objectif : les aider à retrouver leur humanité

les 4 Promo Soins du réseau UDV agissent pour la santé des personnes en situation de grande précarité. Objectif : les aider à retrouver leur humanité

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« Lorsque l’esprit est plein de joie, cela sert beaucoup à faire que le corps se porte mieux. »

En plein XVIIème siècle,  Descartes décrivait  à Elisabeth de Bohême ce qui lui paraissait être une évidence.  Avec le temps, l’idée – considérée d’abord comme saugrenue -,  a fait son chemin et nous sommes tous maintenant conscients de l’influence de notre mental sur notre physique. Quand le corps exprime ce que cache l’esprit…

A l’heure actuelle, dans les populations fragilisées par ce qu’on nomme les « accidents de la vie », c’est un constat permanent : bien des maux sont aggravés par la façon dont ils sont vécus. Une espérance de vie inférieure à la normale (même si l’on a pu voir mourir dans la rue des sans-abri de plus de 80 ans), met en cause des maladies cutanées avec surinfection, des problèmes d’hygiène alimentaire, pulmonaires, psychiatriques, avec en surimpression tout ce qui est lié à l’alcool, la drogue, la violence, et évidemment au mal-logement ou au « non-logement ».

Toutes nos pathologies habituelles se retrouvent chez les personnes en situation de précarité, mais à des stades plus avancés que dans les populations normales.

Lorsque il m’a été demandé de « faire un papier » sur les associations Promo Soins du réseau de l’UDV, je n’ai vu de prime abord qu’un tour d’horizon des services et de leurs acteurs. Mais, à mesure des contacts et des rencontres, j’ai réalisé que ma découverte était telle que je me devais de témoigner de son importance et que le mot « humanisme » serait encore en dessous de la réalité.

Alors, après un regard sur l’organisation, je vous emmènerai dans l’univers de celles et ceux  (salariés et bénévoles confondus), qui travaillent  à remettre « l’homme debout », à inviter à se remettre en marche celui qu’ils refusent d’abandonner au bord de la route. Au final, arriver à changer quelque chose dans des parcours devenus inextricables.

PROMO SOINS, toute une aventure

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Promo Soins Toulon

C’est en décembre 1993 que s’ouvre à Toulon l’Espace de soins de l’Impasse Mirabeau, dans lequel va s’inclure en 1994 le cabinet dentaire. Créé à l’initiative de l’Union Diaconale du Var et sous l’impulsion de Gilles Rebêche, ce pôle se veut une « passerelle pour la santé des personnes les plus démunies, les plus marginalisées, les moins aidées par les mécanismes sociaux de droit commun ».

D’emblée,  pour pouvoir traiter traiter ensemble hygiène corporelle, hygiène alimentaire et hygiène mentale, on se fixe pas moins de 10 missions  :

  • Le premier accueil, acte dont tout le reste peut dépendre
  • Le diagnostic santé
  • La remise en forme avec la réappropriation de l’hygiène corporelle, premier pas vers la réinsertion,
  • Une fonction dispensaire  : médecins permanents, réseau de spécialistes, tri et distribution gratuite des médicaments…
  • La prévention et l’éducation à la santé,
  • Un service social,
  • Un service de visiteurs d’hôpitaux
  • L’accompagnement et l’orientation psychologique et psychiatrique
  • L’écoute, l’information et les soins pour les personnes alcooliques
  • Le suivi des convalescents.

Cette réalisation s’inscrit dans le cadre du dispositif d’action sociale « Passerelles 83 » : passerelles pour hébergement et logement, santé, insertion sociale et économique, recherche et formation. La création de l’interface psychiatrique Siloë interviendra en octobre 1998.

Puis ce sont les lits halte soins santé pour 6 hommes sans-abri n’ayant pas besoin d’une hospitalisation, mais d’une prise en charge globale sur le plan médical et social. Ils sont installés à la Maison Saint-Louis pour des séjours n’excédant pas 2 mois. Enfin, dans le courant de juillet 2016, 4 appartements de coordination thérapeutiques verront le jour dans la Résidence solidaire « Les Favières », à Toulon.

N’oublions pas les médecins et infirmières, bénévoles eux aussi, qui participent à la tournée du bus de nuit, pour voir les éventuels malades et les orienter vers l’Impasse Mirabeau. Ce bus assure un circuit quotidien, même les dimanches et jours fériés, et ses équipes de 6 ou 7 personnes se relaient pour aller au devant de ceux qui n’osent plus s’approcher de la vie au grand jour. Il faut avoir au fond de soi une énorme charge de détresse pour accepter un bol de soupe au coin d’une rue, la nuit. Cette soupe est faite depuis peu dans la cuisine des  Amis de Jéricho et les sandwiches sont confectionnés par les bénévoles du Bus de Nuit. Ce sont de 100 à 140 personnes en situation de profonde précarité qui sont rencontrées chaque soir à partir de 19 heures.

Promo Soins Toulon travaille en partenariat notamment avec Logivar Saint-Louis, les Amis de Jéricho, Solidarité Aire Toulonnaise, le Secours Catholique… tout un réseau s’organise pour un résultat plus solide.  Car de plus en plus de personnes sont demandeuses de soins et les sortants des hôpitaux posent des problèmes de plus en plus nombreux et  épineux.

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Consultation à Promo Soins Toulon

Il y a d’autres Promo Soins dans le Var, tous issus de l’UDV et dans la dynamique de la Diaconie : chaque structure est une association à part entière, avec  ni les mêmes publics, ni les mêmes moyens que les autres, mais avec un but identique :

Soigner et favoriser le bien-être, réinsérer dans le droit commun, et enfin promouvoir le vivre-ensemble,  en étant persuadés qu’il est préférable de miser sur la qualité de la rencontre plutôt que sur le nombre de dossiers traités.                                                                                           

En 1997, c’est à Draguignan que le Dr Morizot lance Promo Soins à la demande de Gilles Rebêche.

En 1999, Fréjus Saint-Raphaël ouvre son centre avec comme premier Président le Docteur de Cintaz.

En 2013, c’est au tour de Brignoles, porté par Provence Verte Solidarités.

 « Le dénominateur commun (de leur action), c’est la foi en l’homme. L’homme dans sa dignité, l’homme dans sa grandeur, mais plus particulièrement l’homme bafoué, déboussolé, cassé, malade » (R. Hugonnier).

A DRAGUIGNAN, Lydia Celestini explique :

Promo Soins couvre les villages de la Communauté d’agglomérations dracénoise : 30 kms environ, ce qui est important du fait de la désertification médicale. L’action est médicale, sociale et de prévention. Par exemple, pour les accidents domestiques, la Maison géante a vu défiler 462 personnes en 3 jours. Et une animation ludique pour les enfants a été organisée sur le thème de la nutrition avec également beaucoup de succès. Il y a de plus en plus de demandes en pédiatrie, surtout au niveau des consultations psychologiques où l’augmentation a été de 17 % entre 2014 et 2015 (47 % pour les adultes). En partenariat avec ISIS 83, le dépistage du cancer du sein et de l’utérus va s’organiser dans le courant de l’année et s’ajoutera à celui du cancer du colon.

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Promo Soins Draguignan

En projet, un Promo Soins itinérant une fois par semaine, avec un médecin et un travailleur social. L’information et la participation des personnels de santé et aussi du public s’avèrent indispensables.

A Fréjus-St Raphaël, Danielle Delobel raconte :

Nous travaillons beaucoup avec les Amis de Paola (Pôle Santé précarité), et c’est surtout par eux que les personnes nous arrivent.

En plus des consultations médicales,  dentaires, sociales, psychologiques et de prévention, Promo Soins gère un Appartement de Coordination Thérapeutique de 5 lits pour des accueillis dont l’état général nécessite un accompagnement coordonné sur le plan social, médical et psychologique. Après une période d’essai de 2 semaines, le séjour peut se prolonger jusque à 6 semaines.

A Brignoles, Isabelle Cesana prend le relais : 

« Nous nous considérons comme une jeune structure puisque Promo Soins n’existe que depuis 2013 (2014 pour la phase dentaire). Il n’en demeure pas moins que le nombre de patients va croissant : nous avons 70% de Brignolais, 30% de l’Ouest Haut Var (26 communes des environs). Dans la plupart des cas, ce sont les bénévoles qui vont les chercher avec leurs voitures personnelles, et c’est la même chose pour les consultations de spécialistes (l’ophtalmo est à Solliès-Pont).

Les personnes nous sont signalées par le Secours Catholique, le tissu associatif, ou tout simplement par le bouche à oreille. Nous rencontrons plusieurs sortes de populations ce qui ne rend pas la tâche aisée car si le but est le même, les moyens d’y parvenir sont bien différents. Il y a une population rurale, pure et dure : demander de l’aide  est difficile, la détresse est un sujet tabou, certains en arrivent même au suicide. Population difficile d’accès qui exige beaucoup de délicatesse dans l’approche.

Et puis il y a ce qu’on nomme « la population Rurbaine » : ces gens sont venus vivre dans l’arrière-pays parce qu’en ville les loyers sont trop chers ; Mais très vite ils se trouvent confrontés à d’autres obstacles, en particulier le temps pour se rendre au travail, les problèmes de voiture, la surveillance des enfants plus livrés à eux-mêmes, un changement de façons de vivre, etc… Ils ont du mal à s’adapter mais ne peuvent plus revenir en arrière.

Et puis il y a les personnes « en effet de seuil », celles que les « accidents de la vie » mettent aux portes de la précarité et de la solitude, et ainsi de plus en plus de personnes âgées. Le résultat est qu’en 2015, 242 personnes différentes ont été reçues par Promo Soins, soit… 60 % de plus qu’en 2014.

Dans le courant du mois de Juin, une demi-journée par semaine sur Barjols va être mise en place, avec le réseau territorial et les cabinets médicaux. Un projet identique est à l’étude pour Saint-Maximim. »

Vidéo de présentation de Promo Soins Brignoles

« Tout homme est une histoire sacrée… »

Le tour d’horizon de Promo Soins terminé, ce qui en ressort n’est pas de l’ordre du palpable. C’est un tissu d’humanité qui enveloppe les personnes et leurs actes, les accueillants comme les accueillis, et qui fait « se rapprocher des mondes qui ne se parlent plus ou très peu » (I. Cesana). On pourra bien sûr se poser toujours la même question : « au bout du compte, notre travail a-t-il un réel impact sur la vie des gens ? ». Des petits gestes en témoignent, bien plus que toutes les statistiques. Promo Soins, ce n’est pas comme  dans une entreprise : on ne vend rien à ces gens si souvent dignes et pudiques jusque dans le tréfonds de leur précarité, on essaye de gérer au mieux les frustrations de leur existence passée un jour du rose au noir. Passerelle qui tente de recréer des liens pour une reprise d’un parcours actif et non un parcours d’assistés.

Actuellement, les services sociaux avec plateforme « téléphonique » entretiennent la déshumanisation et la dépersonnalisation : On ne parle jamais à la même personne, on a du mal à se faire comprendre et à comprendre ce qui est demandé.

Promo Soins c’est l’écoute de l’autre, l’imagination au service de la solidarité !

Ce travail ne saurait se faire sans le sens de l’équipe salariés/bénévoles, indispensable et bénéfique. Il y a un chaînage de personnes, l’accueil commence à recréer du lien social ; cela libère la parole, on se rend compte plus facilement des situations et de la façon de les aborder.

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Bureau d’accueil à Promo Soins Toulon

Lorsque le bénévole a intégré l’idée de réseau, il se « mutualise » plus facilement, il y puise ses forces et se renouvelle. Les médecins et les infirmiers découvrent ce travail en équipe si différent de leur vie professionnelle habituelle (ce sont des actifs ou de jeunes retraités). Pour les stagiaires , c’est une expérience et une découverte impossible à faire dans une autre structure.

Paroles de responsables : le miracle permanent, c’est l’UDV, on tient beaucoup à la Charte… A l’UDV, on se sent déjà chez soi dès qu’on en franchit la porte : cela, on doit le communiquer ensuite…Si la Diaconie n’était pas aussi rayonnante, on ne ferait pas grand’chose.

Un témoignage bouleversant

C’est à Promo Soins Toulon que Raymonde Hugonnier m’a fait rencontrer le Dr Martine TIMSIT, psychiatre et bénévole, qui (en lien avec le CADA de l’Aire Toulonnaise), se consacre essentiellement aux réfugiés et demandeurs d’asile. Devant le nombre de langues et de dialectes, pour pouvoir échanger avec eux, elle fait appel à ISM Interprétariat à Paris.

La multitude des cas et leur complexité, l’a amenée à s’adjoindre les services bénévoles d’une masseuse, Laurence Huet, qui pratique des massages ayurvédiques. Ce terme à la consonance inattendue désigne une technique  pratiquée par les Indiens depuis des millénaires  pour lutter contre le stress, remettre en route les circuits d’énergie et retrouver une harmonie du corps et de l’esprit.

C’est une rencontre douloureuse qui a donné au Dr Timsit l’idée des massages : un jour, elle fait la connaissance d’une famille d’Europe de l’Est : le mari a été torturé et devant lui ses tortionnaires ont jeté un seau d’eau bouillante sur son petit garçon. Depuis, il ne dort plus, marche toute la nuit suivi par son fils tandis que la mère pleure pendant des heures. Quels moyens ne pas essayer quand tout l’être est à reconstruire, le physique, le psychique et le spirituel…

Alors, pendant un long moment, le Dr Timsit  raconte « la vie de réfugié » :

  • Il y a des hommes seuls, qu’il faut recevoir en urgence : pour la plupart, ils arrivent d’Afrique noire après un long voyage en bus dans le désert, où ils ont été attaqués, battus, rançonnés, volés par des bandes organisées, où ils ont vu assassiner leurs compagnons de route dont ils ont dû abandonner les corps le long du chemin. Puis ils ont pris le bateau, on sait dans quelles conditions, ils ne peuvent plus voir la mer, c’est psychique.
  • Il y a des femmes isolées – souvent d’Afrique noire aussi–qui ont connu le même cauchemar que les hommes : battues, violées, elles sont en arrivant en danger de  récupération par les filières de prostitution bien informées.
  • Il y a des familles entières en provenance des Balkans et de toute l’Europe de l’Est : elles font souvent un enfant en arrivant; sans doute pour diverses raisons… D’autres ont fui leurs pays pour que les mères puissent accoucher chez nous où la misère leur paraît moins dure à supporter que les conditions de vie chez elles.
  • Chez les Caucasiens, à l’origine les hommes sont des seigneurs et maîtres, et leurs femmes sont très respectueuses, mais pas asservies. En arrivant, ils sont perdus, cassés, broyés.  Peu à peu,  les femmes ne supportent plus un mari malade, il devient un étranger pour elles, et elles le quittent et vont vivre seules leur misère..
  • Quand les hommes ont été torturés, humiliés, avilis, ils sont minés par la souffrance et la maladie. En réaction, ils s’accrochent à leurs enfants, plus que les mères elles-mêmes.
  • Au Kosovo, la guerre civile continue sournoisement : les femmes sont épiées et violées quand leurs maris sont au travail, surtout s’ils sont partis à l’extérieur ; elles n’osent pas le leur dire au retour et vivent dans une angoisse permanente. La venue dans un pays libre est une délivrance.
  • On voit des comportements incroyables, révélateurs des chocs émotionnels subis par ces gens. Ainsi les femmes tchéchènes allaitent leurs enfants jusqu’à au moins 3 ans, c’est fusionnel.

Toutes ces personnes étaient en général bien installées dans la vie de leur pays (Martine Timsit évoque cet égyptien raffiné qui était jadis professeur de peinture à Alexandrie), elles n’étaient nullement en situation de précarité, elles ont tout abandonné espérant trouver ici un moyen d’existence moins étouffant, moins oppressant, plus sécurisant. Mais le coût du voyage et les aléas du chemin ont déjà largement entamé leurs espérances. Alors, on prend ces familles à bras le corps, dans quelque état qu’elles se trouvent.

Pour tout être en situation d’exilé, de réfugié, il ne s’agit pas de psychiatrie habituelle, mais de psychiatrie réactionnelle. Il faut qu’il nous « fasse le don » de ses confidences, et que par une sorte d’osmose, on puisse échanger avec eux des paroles que l’on qualifiera de « précieuses »tant elles auront de poids dans leur remontée vers une existence vivable.

Je te regarde, je te parle, je t’accueille…. Valeur ajoutée : je t’écoute.

Conclusion :

« Il ne doit pas y avoir de famille sans une maison, pas de réfugié sans un accueil, pas de personne sans sa dignité, pas de personne blessée sans soins, pas d’enfant sans son enfance, pas de jeune sans un avenir, pas de personne âgée sans la dignité due à son âge ». Pape François – Sommet humanitaire mondial d’Istanbul – 23 et 24 mai 2016.

Par Aline Racheboeuf, auteure bénévole à Iota.

Photos réalisées par Delphine Dumont, chargée de communication.


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