Prendre soin des familles : une affaire de santé publique !

Les personnes en grande précarité sont souvent considérées comme des cas individuels. On parle volontiers « d’adultes isolés » pour désigner des pères ou des mères de familles sans abri ou des fils et des filles à la dérive. Pourtant les familles sont bien présentes dans la conscience et la mémoire de ceux qui galèrent. Comme la « douleur fantôme » que ressent une personne amputée d’un membre, de la part même de ce membre qui n’existe plus sur son corps, les personnes seules et isolées souffrent souvent d’une douleur fantôme liée à une rupture familiale, un deuil, un abandon ou une séparation mal assumée.

Il y a quelques années un bénévole de l’accueil de jour avait eu l’idée de proposer à trois sans abri de faire avec lui le pèlerinage des pères de famille à Cotignac. Au-delà même de la démarche religieuse, cet événement fut mémorable pour les intéressés : non seulement ils avaient réussi un exploit sportif avec l’endurance de la randonnée mais plus encore ils avaient trouvé des groupes de parole où ils avaient pu partager avec d’autres leur fardeau de la perte d’estime d’eux-mêmes à ne plus savoir comment assumer leur rôle de père ! Leur pèlerinage les avait surtout conduit au sanctuaire intérieur de leur dignité de pères de famille… et ils en étaient revenus très fiers.

Il y a quelques jours à Hyères la diaconie a inauguré une Maison des familles comme lieu ressource d’aide à la parentalité et à la conjugalité. Espérons qu’elle rappelle à tous l’importance du soin à accorder à la question familiale pour lutter contre l’exclusion sociale, redynamiser le bien vivre ensemble, le lien social et construire ainsi des projets de développement durable.

La crise migratoire souligne avec une acuité nouvelle le soin attendu par les familles en matière de logement, de formation, de médiation culturelle et citoyenne, de travail, et d’écoute spirituelle, pour honorer la dignité de tous.

Puissions-nous dans tous nos projets manifester que toutes les familles sont dignes d’intérêt et de considération qu’elles soient effectives ou « fantômes », qu’elles soient rassemblées ou dispersées…, familles en exil, familles éclatées, familles recomposées, familles de détenus, familles éprouvées par la maladie, le chômage ou la précarité… elles n’en demeurent pas moins le meilleur rempart contre la déshumanisation… le berceau du micro Don le plus précieux, celui de la Vie.

Prendre soin des familles dans l’accompagnement de la fragilité et dans le combat pour la justice, c’est en fait une affaire de santé publique : bravo et bon courage à tous ceux qui s’en préoccupent.

Diacre Gilles Rebêche

 


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