Ne quittons pas le territoire de la fraternité !

Un ancien haut fonctionnaire de l’Etat me confiait il y a quelques années au cours d’un échange amical : « le plus éprouvant dans mon métier, c’est d’être parfois tiraillé entre la morale de responsabilité et la morale de conviction ; heureusement, à plusieurs reprises, j’ai pu rencontrer des  hommes et des femmes de conviction qui, sans m’agresser verbalement et sans me faire de procès d’intention, m’ont aidé à ne pas transiger grâce à leur témoignage de vie, avec mes références philosophiques et ma conscience d’homme épris de fraternité ».

Je repensai ces jours-ci à cette confidence préfectorale en lisant les dernières directives ministérielles sur l’interdiction d’accueillir les étrangers en grande précarité, obligés par ordonnance à quitter le territoire . J’espère et je prie pour que se lèvent sur le territoire de notre belle France suffisamment d’hommes et de femmes de conviction, capables avec la force des colombes, de refuser de telles injonctions et d’inventer des alternatives généreuses.

L’an dernier, à l’approche de Noël, une polémique avait surgi, soit disant laïque, sur l’opportunité de dresser ça et là, dans l’espace public, des crèches de la nativité qui représentait une famille de sans abri accueillie dans une étable. Cette année, cette polémique est poussée à son paroxysme. Il ne s’agit plus de santons d’argile ou de figurines miniatures… mais d’hommes, de femmes et d’enfants en chair et en os à qui est interdit le droit de «crécher» même dans des structures d’hébergement d’urgence consacrées à la solidarité et au partage.

Trop c’est trop ! Ne nous laissons pas voler Noël dans une débauche de consommation égoïste et de repli sur soi, fut- il familial. Noël est un mystère étonnant : le Très Haut a choisi de quitter son territoire d’éternité pour rejoindre l’univers très bas de nos existences et en particulier ceux qui sont sans défense, ballotés comme la sainte Famille sur les routes de l’exil, refusés d’hôtellerie, menacés de violence à l’heure du massacre des innocents, poussés à prendre la fuite sur les routes de l’inconnu.

Puissions-nous être capables de nous émerveiller d’un tel prodige et en conséquence faire retentir par notre témoignage d’accueil inconditionnel et notre morale de conviction un message de paix à tous les hommes de bonne volonté.

Ne quittons pas le territoire de la fraternité !

Diacre Gilles Rebêche


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