Mettons du piquant dans notre été ! Tout… Ou presque… Sur l’ortie !

Au cœur du jardin solidaire de La Castille, à La Crau, on trouve de nombreuses orties. Guylaine, technicienne en permaculture, a demandé à IOTA de mettre en valeur les nombreuses vertus contenues dans cette plante, pourtant considérée par beaucoup comme une « mauvaise herbe ».

« J’aime fort les jardins qui sentent le sauvage. »  Ronsard

Combien d’entre nous ont eu un contact inoubliable avec les orties ! Un contact plutôt brûlant, comme l’indique son nom latin. Urtica… urticant…urticaire…

Oh oui ! L’ortie, c’est la mal-aimée de nos jardins, la redoutée de nos promenades, la mal connue de nos cuisines…

Et si nous essayions de faire connaissance ?

« S’il te plaît, apprivoise-moi« . Comme tout être vivant qui semble menaçant a priori, elle mérite grandement d’être approchée. Dans son poème J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, Victor Hugo défend les marginaux de la société en les identifiant à l’araignée et l’ortie. Et Graine d’ortie, c’est le petit garçon abandonné du roman de Paul Wagner…

Qu’est-ce qu’une « mauvaise herbe » ?  Tout simplement une plante dont les vertus ne sont pas connues ou reconnues.

L’ortie, c’est tout d’abord un véritable cocktail de minéraux, d’oligo-éléments et de substances variées : zinc, cuivre, silice, calcium, soufre, manganèse, et ce fameux acide formique contenu dans ses poils qui nous piquent sans états d’âme. Car, à leur extrémité, ils sont dotés d’ une pointe de silice permettant de pénétrer la peau de ceux qui s’en approchent trop. Mais ils sont aussi fragiles que du verre et se brisent comme l’extrémité des ampoules de médicaments ; ils injectent alors dans la peau ce produit qui les rend si peu sympathiques.

On compte 20 espèces du genre URTICA, et elles ont toutes les mêmes propriétés.

Les plus connues sont :

  • La grande ortie urtica dioica appelée aussi ortie- grièche ; Comme la pie dite grièche, l’ortie a une réputation de douleur, de méchanceté.
  • La petite ortie (urtica urens) ou ortie brûlante, très bonne contre les brûlures du soleil et les piqûres d’insectes.
  • L’ortie à membranes (urtica membranacea)
  • L’ortie de Dodart (urtica atrovirens) ou ortie noirâtre qui ne se trouve qu’en Corse
  • L’ortie à pilules ou ortie romaine  (urtica pilulifera) aux fleurs en forme de pompons, tenue pour la panacée universelle par les médecins de l’Antiquité.

Elle pousse sur n’importe quel sol et même sur des tas de ferraille ou de fumier, mais toujours à proximité des lieux habités par l’homme… comme si elle voulait être estimée…

Autrefois

L’ortie a été très longtemps cultivée :

  • Dans l’Antiquité, les Grecs disaient qu’on devait la récolter avant l’arrivée des hirondelles.
  •  Au Moyen Age, il y avait de véritables plantations car elle avait la réputation de chasser les esprits  malins et de protéger du diable et des fantômes. En Allemagne et dans certains pays d’Europe de l’Est, sa culture s’arrêta seulement avec la guerre, en 1939.
  • Avec les longues fibres de la grande ortie, on fabriquait jadis des cordes et des tissus solides. Aujourd’hui, ces derniers ne sont plus guère utilisés que par l’industrie fromagère. Ce sont les toiles fines où certains fromages sont mis à égoutter, après avoir étés moulés.
  • Enfin, l’ortie servait à récurer les ustensiles de la laiterie  (Fabrication pratique du beurre, 1886).
  • Après une éclipse au XIXème siècle, la voilà maintenant redécouverte.

Ortie sur ordonnance

Ses vertus thérapeutiques sont connues depuis bien longtemps. Dans l’Antiquité, vouée à Vénus, déesse de l’Amour, elle était considérée comme le Viagra de l’époque ! Et dans son Histoire naturelle, Pline le Jeune donne 61 remèdes fournis par l’ortie.

On connaissait son action bénéfique sur tout ce qui est hémorragie, sur les rhumatismes, la goutte et les ulcères, les fièvres malignes, et jusqu’à la rougeole et la petite vérole !

En résumé, « l’ortie est diurétique, dépurative, anti-rhumatismale, anti-inflammatoire, antalgique, antimicrobienne, antiulcéreuse, antianémique, hépatoprotectrice, antioxydante, hypoglycémiante, antiallergique, immunostimulante, hypotensive, tonique, galactogène. »

Rien que cela !

Revitalisante, l’ortie est recommandée aux anémiés et aux convalescents. Ses feuilles sont riches en magnésium, en fer et en protéines. Elles se consomment en potage avec des pommes de terre, en bouillon ou en tisane.

Autrefois, on prenait, au mois d’avril, un dépuratif à base d’herbes, d’ail ou d’oignons sous forme de tisane, vin, bouillon, sirop, soupe ou salade. Les apothicaires vendaient un “jus d’herbes”, préparé avec des feuilles fraîches écrasées de bourrache, de cresson, de pissenlit et d’ortie.

Antidotes de la piqûre d’ortie :

1 – Un remède tout simple :  frotter les cloques après avoir craché dessus, c’est tout ce qu’il y a de plus facile ! Et de moins coûteux !

2 – Frotter les cloques avec de la terre.

3 – Le plantain est l’antidote naturel de l’ortie, il pousse tout près d’elle… comme pour l’excuser d’être piquante. Si vous le reconnaissez (voir photo), frottez les cloques avec ses feuilles.

Le plantain, facilement reconnaissable

L’ortie et la beauté

Qui aurait pu penser que cette « mauvaise herbe » était capable de participer à notre esthétique ?

  • Elle existe en lotion pour lutter contre l’acné.
  • Merveilleux traitement des peaux sèches et sensibles (mais oui !) : le masque à l’ortie. Après avoir fait infuser des feuilles d’ortie, on en imbibe deux ou trois compresses que l’on pose sur le visage, et on garde ce masque 10 minutes. Il n’y a plus ensuite qu’à rincer.
  • Nos ongles ne seront plus cassants si toutes les semaines, nous faisons tremper le bout de nos doigts dans cette mixture : 1 cuillère à soupe de feuilles d’ortie et une autre de vinaigre de cidre dans un bol d’eau chaude. Baigner 10 minutes et rincer.
  • Quant aux cheveux, rien n’est de trop :
  • Pour un bon rinçage : 1 poignée de feuilles d’ortie macérées pendant 15 jours dans 1 litre de vinaigre de cidre.
  • Pour les empêcher de tomber : 3 poignées d’ortie fraîche mixées dans 20 cl d’eau, puis filtrées et conservées à l’abri de la lumière. Une friction du cuir chevelu chaque matin avec quelques gouttes de cette lotion vous les conservera.

L’ortie dans la cuisine

Heureusement que la cuisson détruit le pouvoir urticant de la plante !

Toutes les orties sont comestibles. Elles sont excellentes en soupe, soufflés ou en remplacement des épinards, y compris en pizzas.

Nous vous proposons quelques fiches-cuisine, mais l’utilisation de l’ortie ne se limite pas à ces quelques plats. Votre imagination saura faire le reste !

L’ortie garde-manger

L’ortie est à la base d’une chaîne alimentaire qui va d’une centaine d’espèces d’insectes, vivant et se reproduisant chez elle, à tout autant d’espèces animales se nourrissant de ces insectes : oiseaux, palmipèdes, volailles, biches, chevreuils, hérissons, papillons, mouches et charançons, sans oublier les coccinelles, amies des jardiniers.

L’ortie à la ferme

Hachée crue, l’ortie peut être donnée aux volailles ; jeune et soumise à dessiccation, elle peut être donnée au bétail qui l’apprécie. Avec une ingestion régulière d’ortie, la quantité et la qualité du lait des vaches augmente, la ponte des poules est stimulée, les chevaux sont plus vifs et leur poil plus vigoureux, les défenses immunitaires de la volaille et des porcs sont renforcées.

Comme fertilisant, l’ortie permet la fabrication de purin d’ortiepar macération d’orties hachées dans de l’eau pendant quelques jours à l’abri de la lumière. Il sert de fongicide (contre le mildiou), d’insecticide (contre les pucerons et acariens) et d’activateur ou de régulateur de croissance des végétaux. La fabrication, l’utilisation et la commercialisation sont réglementées en France par l’arrêté du 18 avril 2011.

En conclusion

Dans le 12ème album de Francis Cabrel, Des roses et des orties, on entend :

 « Vers quel monde, sous quel règne et à quels juges sommes-nous promis ? 
A quel âge, à quelle page et dans quelle case sommes-nous inscrits ?
Les mêmes questions qu’on se pose
On part vers où et vers qui ?
Et comme indice pas grand chose :
Des roses et des orties »

…et un ultime conseil :

Il ne faut pas pousser Mémé dans les orties !

Proverbes sur l’ortie :

« L’ortie, aux yeux du peuple herbe si méprisable,
Tient dans la médecine une place honorable. »

« Tu respecteras l’ortie diabolique ; elle t’apportera le bien. »

« On peut trouver Dieu dans une ortie. »

« En mai, trois bons repas d’orties écartent toutes les maladies. »

Par Aline Racheboeuf, auteure bénévole pour IOTA.


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    La lecture de la presse et l’observation de la vie de nos sociétés ces temps-ci nous font l’effet d’un monde qui virevolte dans tous les sens, se perd en d’innombrables directions à des vitesses folles qui l’entrainent vers des rivages inconnus et parfois effrayants : l’éthique souvent citée mais finalement oubliée...

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