L’art de la conversation

Le 16 avril dernier, plusieurs journalistes et écrivains ont décidé de faire entrer au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco « l’art de la conversation ». En apprenant cette nouvelle, j’ai craint qu’elle ne passe inaperçue dans nos associations et tout le réseau de la diaconie ; je profite de ce billet d’humeur pour attirer l’attention des lecteurs de Iota sur cet événement.

La conversation peut être banale ou exceptionnelle, mais elle est toujours un art subtil pour faire de nos relations interpersonnelles une occasion joyeuse de partage, une école de bienveillance, un apprentissage du bien vivre ensemble. Converser ne se limite pas à parler et à se taire. La conversation implique l’écoute qui nécessite de l’attention et de la vraie présence. Être attentif est une forme de respect qui exige de savoir poser des questions avec délicatesse, reformuler ce que nous croyons avoir compris pour vérifier que nous ne faisons  pas trop de suppositions qui filtrent l’accueil de la parole de l‘autre.

L’art de la conversation est vraiment un art vivant et à protéger. Il est vrai qu’aujourd’hui, les nouvelles formes de la conversation passent souvent par WhatsApp, les SMS ou Skype… avec des nouveaux codes comme les hashtags ou les émoticônes, mais il n’en demeure pas moins que les point-café, les repas, les salons, les couloirs, les transports, les visites à domicile restent des lieux privilégiés pour entretenir cet art vital : en effet, la conversation est un lien et un liant.

La conversation peut se faire parfois discussion et même négociation : tous nos conseils d’administration, comité de pilotage et réunions d’équipe-projets, en sont un laboratoire permanent.

L’important est d’en prendre soin, car sans conversation, ces instances ne seraient plus que des cercles fonctionnels de gestion dans lesquels il n’y a plus de plaisir pour les retrouvailles et l’échange.

Le projet de la Ressourcerie de la Rade est le fruit de nombreuses conversations où se conjugue le désir de lutter contre le gaspillage, de créer de l’activité économique solidaire, et de promouvoir un projet concret d’écologie intégrale. Plus encore, la récolte d’objets, les lieux de vente deviennent eux aussi de belles occasions pour expérimenter l’art de la conversation.

La Société St Vincent de Paul est en elle-même une promotion de cet art de la conversation en stimulant l’art de la visitation pour lutter contre la solitude. Reconnaitre chez les pauvres leurs capacités conversationnelles permet à « la charité de rester inventive à l’infini » !

Quant à la Provence Verte, comment ne pas se réjouir de voir l’art de la conversation se déployer dans le cadre d’interviews d’Ictus (Initiatives Coopératives du Territoire pour Unifier les Solidarités) pour la promotion de la diaconie en rural.

L’art de la conversation est aussi une vocation de l’Église. Paul VI le disait si bien il y a 50 ans : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde rural dans lequel elle vit. Elle se fait Parole, elle se fait Message. L’Église se fait conversation. »

Diacre Gilles Rebêche


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