Habitat et Humanisme : 30 ans d’actions pour le logement

Née à Lyon en 1985, l’association Habitat et Humanisme (HH) œuvre pour que les personnes en difficulté sociale retrouvent un logement. Elle fête ses 30 ans cette année. Retour sur son histoire et rencontre avec Georges Monnoyeur, président d’HH dans le Var, un des partenaires privilégiés de l’UDV.

C’est en 1985 que Bernard Devert, professionnel du logement devenu prêtre,  décide de s’attaquer à une question aussi monumentale qu’obsédante : comment faciliter l’accession à un logement décent, à loyer modéré, dans un quartier équilibré, à des personnes en difficulté ou en situation d’insertion ?

Il  est persuadé que pour permettre à des personnes de se reconstruire, il faut bâtir. Accueil, intégration, accompagnement : l’association Habitat et Humanisme allait ainsi naître. Depuis plus de 30 ans, elle prouve que « ce n’est pas avec des cris et des slogans » qu’on se met au service des plus démunis, mais en posant des actes.

La fédération nationale basée à Caluire (Rhône) et reconnue d’utilité publique compte actuellement 52 associations départementales ou régionales réparties sur toute la France. L’ensemble représente 2 650 bénévoles et 230 salariés, et aussi 15 000 familles logées depuis sa création.  Elle fonctionne grâce aux dons, legs, loyers, bénéfices de placements solidaires, appels à l’épargne etc.

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Petit retour en arrière…

Pour commencer, comment définir l’humanisme ?

C’est un terme venu d’Italie au XIVème siècle, caractérisant la pensée de 2 amis, Pétrarque et Boccace (imprégnés des textes de l’Antiquité), puis serpentant de Léonard de Vinci à Pic de la Mirandole, d’Erasme à Machiavel (mais oui !), de Rabelais à Thomas More, de Descartes à Montesquieu, de Victor Hugo aux 2 célèbres Albert : Schweitzer et Einstein… sans oublier, bien sûr Martin Luther King, l’Abbé Pierre et Mère Térésa. Et tant d’autres, d’hier à aujourd’hui !   A commencer par le Pape François qui vient d’écrire que « l’avenir exige de nous une vision humaniste de l’économie ».

Depuis des siècles, des efforts de toutes sortes se sont succédés pour lutter contre l’égoïsme et l’indifférence récurrents de l’homo sapiens. L’humaniste a foi en l’homme pour qui il veut  une société meilleure que celle qu’il a sous les yeux.  Son objectif est alors de mettre l’homme au cœur des préoccupations, de s’attacher à développer toutes ses capacités, de reconnaître la dignité et la valeur de tout individu,  d’en respecter les droits fondamentaux.

C’est ainsi que Bernard Devert, prêtre bâtisseur et créateur de liens s’est un jour « investi en humanité » :

« Croire en l’homme, c’est refuser la fatalité, c’est mobiliser le meilleur de soi-même pour susciter un « autrement » pour tout homme. »

Ici et maintenant

En 2002 dans le Var, Habitat et Humanisme est apparu avec le concours de l’Union diaconale du Var (UDV). Pour vous informer le plus complètement possible, nous avons rencontré Georges MONNOYEUR, son Président depuis 2011.

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Georges Monnoyeur, Président d’Habitat et Humanisme dans le Var

Habitat et Humanisme s’adresse aux publics les plus fragiles aux ressources les plus faibles pour que le logement soit un véritable outil d’insertion. On connaît la réflexion habituelle : « pas de travail, pas de logement ; Pas de logement, pas de travail », cercle on ne peut plus vicieux de la misère. Le premier facteur de la crise du logement est le divorce : avec 120 000 divorces officiels en France, on se retrouve devant 240 000 personnes à loger. Puis vient la crise économique, les addictions, les crises morales… toutes les histoires de famille qui tournent mal.

« C’est déchirant de voir cela » dit Georges Monnoyeur. «Que faire dans ce monde devenu sans repères, où la relation homme-femme est fracassée ?  Nous sommes « condamnés » au partage. Il faut cheminer avec les gens, c’est ce style de compagnonnage qui porte des fruits. Il faut aussi « retricoter » les liens avec les travailleurs sociaux. On a actuellement affaire à des gens beaucoup plus cassés qu’il y a 20 ans».

Tout commence par une rencontre : les familles se présentent spontanément ou bien sont envoyées par un travailleur social.  Ce moment-là doit favoriser un échange dans la confiance et l’écoute, tisser les liens qui permettront de cheminer ensemble jusqu’à la réussite du projet de la personne ou de la famille. Faire émerger un projet de vie  est un acte positif et profondément bâtisseur, qui nécessite le soutien des accompagnants tout en encourageant et renforçant l’estime de soi.

La répercussion de cet accompagnement est indiscutable sur l’ensemble de la famille, sur ses besoins autant que sur ses aspirations. Il se crée des passerelles entre le social et l’économique et l’on voit revenir à la normale des situations jugées désespérées au départ.

« A l’heure actuelle, un problème majeur se profile à l’horizon », nous dit Georges Monnoyeur, « celui des personnes âgées en détresse familiale, morale et financière, et leur nombre ne fait qu’augmenter ». C’est le même constat que dans les associations qui apportent une aide alimentaire ou vestimentaire.

En 2015 dans le Var, 45 familles ont été relogées et 8 ont trouvé du travail. Elles ont signé une convention d’occupation temporaire de 30 mois, pendant lesquels leur remise en route doit pouvoir se préciser grâce au travail des bénévoles de l’association. Les loyers sont calculés en fonction du « reste à vivre » du locataire.

« L’homme est mortel, et c’est une raison de plus pour le défendre » André Comte-Sponville

Qui sont les bénévoles ?     

Des personnes, « toutes bénévoles de cœur », qui ont de l’expérience à partager et une mission extraordinaire à accomplir en équipe. Pour le Var, ils sont 30, en majorité des retraités. Il est à noter que l’on découvre actuellement une « précarisation » du bénévolat : chômeurs, jeunes en fin d’études, ce qui complique la gouvernance de l’association.

Mais quelles que soient les capacités et le temps disponible du candidat au bénévolat, Habitat et Humanisme a des missions à lui proposer : de l’accompagnement au bricolage en passant par la recherche de logements, le suivi des travaux, la recherche des fonds ou le secrétariat et l’informatique, chacun peut trouver matière à  «prendre le risque d’ aider son semblable en difficulté ».

Une association ne peut mener à bien sa mission qu’en étant en réseau avec des partenaires.  « Cela signifie humilité et simplicité », dit le Président. « On se complète, on a conscience ensemble de la dimension du bien commun ». Et il cite en particulier le Service d’Entraide en Dracénie (SENDRA), spécialiste du retour à l’emploi.

Les réalisations dans le Var :         

La Maison Phanuel à Gonfaron, ouverte fin 2014. Initiée par l’UDV puis confiée à HH. Pension de famille de 20 appartements pour couple ou parent avec enfant, sans limite de durée, animée par deux hôtes de maison. C’est l’endroit où l’on peut se reprendre en main, retisser du lien social pour se reconstruire et rebondir plus sûrement.

– L’Eco-Hameau Saint-François à Draguignan, réhabilité grâce à Habitat et Humanisme, le Secours Catholique (SC), l’UDV et Dracénie Solidarités, et où la qualité du lien social sera particulièrement soignée. En septembre 2018, cet ensemble à taille humaine, bien intégré dans l’environnement, accueillera ses premiers habitants. Là encore, le projet initié par l’UDV, a ensuite été confié à HH et au SC.

–  Acquisition à Hyères d’un immeuble de ville de 15 logements.

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La maison Phanuel à Gonfaron

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L’éco-hameau solidaire St François à Draguignan

Propriétaires et solidaires :                     

Pour augmenter ses possibilités de logement, Habitat et Humanisme fait appel aux propriétaires de logements inoccupés ou à louer. Ceux-ci, en confiant leur bien à l’association, bénéficient d’une aide à la rénovation, d’une tranquillité de gestion et d’avantages fiscaux. Ils agissent ainsi contre le mal-logement, devenant solidaires de l’action entreprise. Pour cela, l’association travaille en partenariat avec l’Agence Immobilière à Vocation Sociale « Le Toit », qui gère déjà plus de 400 logements dans le Var.

En bref :

« La vie éternelle, ce n’est pas demain, c’est ici et maintenant », répète à l’envie le fondateur d’Habitat et Humanisme. Devant cette affirmation  persuadons nous que notre curriculum vitae, si impressionnant soit-il, ne nous servira en rien pour répondre à la seule grande question, qui nous sera sans doute posée un jour : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ».                                                                                                                    

Par Aline Racheboeuf, auteure bénévole à Iota.


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