Eucharistein : 15 ans d’accueil des précaires dans le Var

Hébergement et logement La vocation de cette communauté : être au plus près de toutes les détresses humaines en accueillant les blessés de la vie, et les aider à se remettre debout

La vocation de cette communauté : être au plus près de toutes les détresses humaines en accueillant les blessés de la vie, et les aider à se remettre debout

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Fondée en 1996 à Épinassey, en Suisse, à l’initiative du père Nicolas Buttet, la Fraternité Eucharistein s’est installée en 2002 à La Martre, dans le Haut-Var, sur le domaine de Château Rima. Actrice de la diaconie, elle accueille des personnes en situation de précarité, pour des séjours plus ou moins longs.

Au programme : prière, vie fraternelle, mais surtout travail manuel et reprise en mains, pour fournir aux personnes en accueil une opportunité de reconstruction personnelle et les aider à réussir leur sortie.

 

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La maison de Château Rima, offerte à la Fraternité en 2002

Entre vie religieuse et fraternelle, la Fraternité Eucharistein s’est donnée pour mission, depuis sa fondation en Suisse, d’accueillir pour des séjours plus ou moins longs des personnes en situation de précarité.

Marginaux, personnes en situation d’addiction (drogues, alcool, pornographie…), délinquants en quête de rédemption y défilent à cours d’année, pour des séjours de plus ou moins longue durée – quelques semaines à plusieurs mois, voire un an. Au total, 12 à 15 personnes en accueil vivent au quotidien avec les frères et sœurs de la Fraternité.

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Repas partagé dans la salle commune

Ils viennent y chercher un isolement de leurs difficultés quotidiennes, une quiétude, une sérénité qui ne leur sont pas accessibles au-dehors. Avec, pour tou(te)s, le même objectif  d’apaisement et de reprise en mains de soi – même si certaines situations sont plus compliquées que d’autres.

La principale étape de leur reconstruction passe par la vie fraternelle au sein de la communauté, mais surtout l’engagement personnel à travers le travail quotidien – matin et après-midi, incluant des pause-café conviviales.

Le travail quotidien à Château-Rima

Chaque jour, religieux et personnes en accueil travaillent ensemble dans les domaines suivants :

  • Agriculture : soin des animaux (chèvres, moutons, poules), et entretien des pâtures (foins) ;
  • Apiculture : soin des abeilles, entretien des ruches, mise en pots du miel ;
  • Bois / Jardinage : bûcheronnage, entretiens des forêts, charpente et menuiserie ; culture de fruits et légumes, aromates, fleurs… ;
  • Fromagerie : fabrication de fromage de chèvre issu du troupeau local ;
  • Bâtiment : construction de nouveaux bâtiments, rénovation, entretien, aménagements extérieurs… ;
  • Artisanat : confection de bougies, d’objets pyrogravés, de mosaïques, de croix en bois, etc. ;
  • Intendance : lingerie, cuisine, entretien de la maison.

Portrait de personnes en accueil : Wagner, 38 ans, Brésilien et Anastasios, 35 ans, Grec

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Anastasios (à gauche) et Wagner (à droite)

La rencontre est surprenante et se passe en anglais – forcément, puisque les 2 compères sont arrivés à Château-Rima depuis Londres. Religieux itinérants, en quête de fonder une petite communauté de vie, ils ne sont là que depuis, et pour, quelque temps (4 semaines au plus).

Amis depuis l’université (Anthropologie pour Wagner, Beaux-Arts pour Anastasios), tout semble les séparer, et pourtant tout les rapproche. Catholique pratiquant, Wagner a convié Anastasios, orthodoxe byzantin, à une messe dans une cathédrale de Londres. À l’époque, tous deux se sentent un peu perdus dans cette mégalopole bouillonnante, hyper-vivante, mais surtout stressante.

Séduit par la différence de ferveur et de vie entre le rite catholique pratiqué là-bas et le rite grec ancien (portes fermées pour la consécration des offrandes, 2 h 30 de célébration minimum…), Anastasios s’ouvre à une autre foi et retrouve une forme de sérénité intérieure.

Désormais en résidence à Toulon, après quelques semaines à Château Rima, les deux amis continuent leur quête humaine et spirituelle.

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Une statue en pleine restauration

En attendant, ils auront offert un beau cadeau à la communauté, en mettant tout leur savoir-faire artistique à restaurer des statues à la peinture et à la feuille d’or : « C’est notre manière de les remercier pour leur accueil », avouent-ils en toute humilité, alors que leur travail est d’une préciosité et d’une finesse extrêmes.

L’accueil à Eucharistein

Les conditions d’accueil au sein de la Fraternité impliquent un contrat mutuel entre les accueillants et les personnes en accueil. En voici les principales composantes.

Ce à quoi s’engage Eucharistein

  • Aider la personne en accueil à (re)connaître ses blessures psychologiques et devenir capable de les assumer ;
  • Identifier ses besoins, lui apprendre à gérer ses émotions, à communiquer avec empathie et délicatesse, à gérer le conflit ;
  • Assumer son existence dans les gestes quotidiens (hygiène, alimentation, rythme d’activité et de repos, etc.) ;
  • L’aider à se libérer de toute forme d’addiction : redécouvrir et se confronter à la réalité par le travail de la terre et la relation à l’autre ;
  • Pacifier son être – âme, corps, esprit – par la prière et l’ouverture à la dimension spirituelle.

La Fraternité veille à ce que la personne en accueil ait un suivi médical et thérapeutique adaptés. Elle recourt, en cas de besoin, à des médecins et spécialistes externes.

Le tout, dans un cadre naturel inégalable de beauté et de paix.

Ce à quoi s’engage la personne en accueil

  • Participer activement à la vie communautaire en respectant son rythme ;
  • Travailler de ses mains dans un esprit de service et de don de soi ;
  • Effectuer un travail personnel de fond sur son vécu et son présent, en s’ouvrant librement et en confiance à un accompagnateur ;
  • Ne consommer aucune drogue (« douce ou dure ») ou alcool ;
  • S’ouvrir à la dimension spirituelle ;
  • Respecter, durant le séjour, les différents points de la charte distribuée et commentée lors de la semaine d’essai.

Entrant libre dans sa démarche, la personne en accueil est libre de partir quand elle le souhaite.

Pour en savoir plus sur les conditions d’accueil : http://eucharistein.org/sejour-a-la-fraternite/condition-daccueil/

Portrait de personne en accueil : Matthieu, 22 ans, antibois

Matthieu a longtemps hésité à témoigner du parcours de vie qui l’a mené à Château-Rima. 48 heures après ma demande, une fois la phase de discernement passée, son ouverture fut totale.

Élevé dans une famille catholique, il a abandonné l’église à 12 ans, après sa 1ère communion.

À 14 ans, il sombre dans la délinquance : trafic de drogue, puis cambriolages, braquages, séquestrations… Une vie qui bascule, et une trajectoire funeste qui s’amplifie : il monte un réseau de 7 personnes (qualifié de criminel par la police). Il s’y complaît, profite de l’argent et des filles faciles, fréquente principalement d’ex-détenus. Mais malgré tout, il ressent un  manque, une soif d’absolu l’habite.

Le déclic est double : un de ses amis juifs converti à l’Islam, se rendant en djellaba à la mosquée en fumant un joint, se fait un jour tabasser par un de ses proches, qui le traite de mécréant… alors que lui-même fume du cannabis : l’incohérence commence à lui sauter aux yeux.

Ensuite, sa mère déclare un grave cancer du sein. À l’hôpital, entre la vie et la mort, elle lui demande de changer de vie en venant séjourner à Château Rima, dont une amie lui avait parlé. « Malgré la paix et la joie qui continuaient de l’habiter dans cette épreuve, je voulais vraiment lui faire plaisir et faire quelque chose de positif, pour atténuer sa souffrance intérieure », explique-t-il.

Il y arrive fin mai 2015, pour 1/2 journée de visite. Il y rencontre le Père Damien, responsable de la Fraternité, qui « (l’) accueille avec toutes (ses) misères, sans (le) juger ». Il lui propose de partir en Suisse avec lui la semaine suivante pour un week-end famille, « pour aider les gens et plus les détruire comme avant ». Matthieu accepte, pensant passer la semaine à Château Rima avant de partir braquer une bijouterie en Suisse.

Durant ce week-end, il vit une conversion forte et inattendue lors d’une séance d’Adoration : « J’ai senti un poids qui me quittait, un soulagement, une paix irrésistible. J’ai craqué complètement : au lieu de rester 10 minutes comme prévu, j’y ai passé 1 h 30 », sourit-il. Il décide immédiatement d’arrêter de fumer du cannabis et prend la résolution d’essayer de changer de vie.

Il décide de quitter sa petite amie (« Je ne voulais pas l’enfoncer »). Il traverse ensuite une période de sevrage difficile pendant 2 mois, mais tient bon grâce au soutien de la Fraternité et des autres personnes en accueil.

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Matthieu, 23 ans, est accueilli à Château Rima depuis 1 an

Cela fait maintenant 1 an qu’il séjourne à Château Rima. Loin des miroirs aux alouettes de son ancienne vie, il compte « reprendre une formation, en menuiserie ou dans le social ». Il a aussi décidé de quitter Antibes pour se tenir à l’écart de ses anciennes fréquentations.

Sa mère, en rémission totale, et son père le soutiennent évidemment dans cette nouvelle orientation. « Soit tu sers le dieu argent, soit tu sers Dieu : tu ne peux pas faire les deux », conclut-il, comme une déclaration de l’avènement d’une nouvelle vie.

Par David Martin, auteur bénévole à Iota, www.commeunsigne.fr

Coordonnées Fraternité Eucharistein

Château Rima

83840 La Martre

Tél. / Fax : 04 94 76 81 45

E-mail : [email protected]


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