Les accueillis des Favières en chemin vers « St Jacques »

Permettre à des personnes sans domicile de se lancer sur les routes de Saint Jacques de Compostelle, c’est le projet original initié par des éducateurs de la Résidence Solidaire des Favières, située à Toulon.

La résidence solidaire des Favières est un centre d’hébergement géré par Logivar, association membre de l’UDV. Cette résidence accueille 42 personnes en situation de précarité. Une précarité complexe – matérielle, financière, sociale, affective – qui résulte souvent de parcours de vie semés d’embuches et de ruptures. Outre le mal logement, ces résidents subissent de multiples difficultés, véritables fardeaux à porter sur le chemin escarpé de leurs existences.

L’idée de constituer une équipe de marcheurs pour parcourir une portion de la route de Compostelle a germé il y a six mois dans le cœur de deux éducateurs. Juste assez de temps pour s’organiser : convaincre l’équipe, peaufiner le projet, rencontrer des marcheurs, proposer un budget, lever des fonds, collecter du matériel, et enfin composer une équipe ! Equipe regroupant des accueillis, des salariés et des bénévoles.

Le grand départ

Le 17 septembre, au Puy en Velay, après cinq heures de trajet, huit marcheurs s’élancent sur la Via Podensis,  Dès les premiers mètres le chemin grimpe sec, le soleil tape dur, les corps se réveillent, plus ou moins rapidement, plus ou moins douloureusement. Seize kilomètres sont au programme de cette demi-journée, pour rejoindre Montbonnet. Première étape de ce tronçon de dix jours pour rallier Le Puy en Velay et Conques. Un itinéraire de 240 kilomètres…

La joie d’être ensemble et de cheminer vers un objectif commun !

Le chemin n’est pas difficile en soi, bien que certaines étapes soient particulièrement escarpées. La vraie difficulté tient dans la durée, dans l’enchaînement des longues marches journalières… Plus de vingt kilomètres par jour en moyenne, avec des dénivelés conséquents. Ce qui peut être épuisant. D’autant plus pour ceux dont la condition physique est fragilisée.

Marcher pour marcher, comme une activité en soi, c’est une découverte pour plusieurs accueillis. La marche n’est plus seulement un moyen de locomotion pour aller d’un point A à un point B. Le vrai sens est ailleurs.

De nouveaux horizons

La lenteur de la marche, sa régularité, ouvre de nouvelles perspectives, autant temporelles que spatiales. Le temps semble plus long, plus étiré. La nature semble plus grande, plus proche, plus dense aussi. Cet itinéraire est pour tout le groupe une occasion d’émerveillement : les paysages se succèdent, mais ne se ressemblent pas. Bords de rivières, sous bois, champs de fleurs ou troupeaux de vaches…. Les espaces sont larges, l’horizon ouvert et lointain. La nature est sauvage, parfois rude.

L’effort et la persévérance sont comme sans cesse récompensés par de sublimes points de vue, de magnifiques panoramas. C’est une vraie découverte pour les marcheurs des Favières, qui pour la plupart n’ont pas ou peu quitté la région toulonnaise. Lozère, Tarn, Aveyron, autant de départements inconnus jusqu’alors, prennent forme dans les esprits. Et prennent vie aussi, grâce à ces nombreux villages traversés et ces multitudes de personnes croisées.

Devant la nature et ses vastes horizons, l’émerveillement toujours…

Avancer pas à pas dans une même direction.

Pour marcher en groupe il faut emboîter son pas dans celui de l’autre. Les rôles changent. Les masques sociaux, les fonctions imposées sont laissés au bord du chemin. Ils n’ont plus de raison d’être. Accueilli, éducateur, infirmier ou bénévole… chacun est avant tout un homme, une femme, qui marche, qui avance vers une forme d’inconnu, de nouveauté aussi.

A marcher en groupe, à vivre ensemble des efforts, à partager des émotions fortes et nouvelles, les relations se réinventent. Des complicités s’installent. Les découvertes et les imprévus du chemin créent de nouvelles connivences. Le plaisir d’appartenir à un groupe semble être ressenti par tous.

« Le plus important, ce n’est pas l’arrivée mais le chemin. »

Tout n’est pas idyllique… chacun marche aussi avec ses problèmes, ses souffrances, ses faiblesses. Certains mettent parfois en péril l’équilibre collectif. Il faut aussi consentir à une nouvelle proximité ; dans le groupe et avec d’autres, induite par la configuration des gîtes – en chambres ou en dortoir. La présence des éducateurs, comme médiateurs, ou modérateurs, est précieuse et nécessaire pour que le projet puisse s’accomplir. La convivialité, la solidarité, le partage, sont les piliers de cette aventure. Même si ce n’est ni simple, ni facile. La marche devient facteur de cohésion, au service de l’insertion.

Cet itinéraire de 10 jours a été ponctué de rencontres. Plus ou moins longues, plus ou moins profondes. Hôtes, autochtones, pèlerins, randonneurs, touristes… Pour tous, rien ne distingue le groupe « Hit the road Jacques » des autres groupes de randonneurs. Les regards ne se font pas stigmatisants ou enfermants. Bien au contraire… Ce bouleversement des rôles sociaux s’appliquent à tous les marcheurs. Ces nouvelles relations sont une occasion pour les résidents de changer leur regard sur eux-mêmes, et sur les autres. Même si ce n’est que pour quelques heures.

Ce chemin permet à chacun de se réinventer, de laisser place à une nouvelle identité, qui ne soit plus celle de l’exclu. En marchant, chacun est acteur, il n’y a pas de compétition, ou de concurrence ; plutôt une forme de coopération. Il n’y a pas de dépendance mais une interdépendance.  Chaque pas rapproche des autres, et de soi-même aussi. D’une certaine manière, certains jours, tout devient possible.

C’est ensemble, et seulement ensemble que tous parviendront à atteindre l’objectif !

La marche comme un exploit

La marche au grand air procure un bienfait instantané et permet de nous détacher des préoccupations du quotidien. Elle offre la découverte de plaisirs simples : l’eau fraîche d’une fontaine, l’appétit qui s’ouvre, le sommeil qui est réparateur, l’ombre d’un arbre en plein midi…

La marche est une activité simple, peu coûteuse, à la portée de tous. Mais elle est aussi un exploit. Parfois chaque pas, chaque mètre est une lutte contre une envie de s’arrêter, de tout lâcher. C’est un combat contre soi-même. Un pied devant l’autre et sans cesse recommencer. Chaque matin repartir… Après quelques jours la fatigue se fait ressentir, les tensions aussi. C’est l’énergie du groupe qui encourage chacun à chaque matin pour reprendre la route.

 « La marche est le meilleur remède pour l’homme » Hippocrate.

Au fil des pas, la marche agit peu à peu comme une libération. Les marcheurs s’éloignent de leur quotidien, souvent paralysant, pour avancer. Ils se détachent du quotidien, du matériel, des préoccupations, des inquiétudes et des soucis, des dépendances aussi. Ils reviennent à l’essentiel. Mais l’essentiel est parfois difficile à affronter, et la solitude difficile à supporter.

Il faut alors marcher pour avancer, pour lutter contre l’immobilisme, pour trouver une issue possible. Quoiqu’il en soit marcher remet sur pied, marcher remet debout, et parce qu’elle remet le corps en mouvement, la marche remobilise les personnes en grande précarité et soutient leur réinsertion.

Conques

Le 25 Septembre, l’arrivée à Conques sonne comme une victoire ! C’est la fin du voyage ! L’ambiance est effervescente. A la fois légère et pétillante. Une ambiance conviviale et familiale après un parcours fait de rires, de pleurs, de joie, de ras le bol, d’efforts, de douleurs et d’ampoules aussi…

La joie d'atteindre l'arrivée, d'avoir atteint l'objectif !

La joie d’atteindre l’arrivée, d’avoir atteint l’objectif !

Après une soirée et une nuit passée dans cette belle ville médiévale de Conques, nichée dans un écrin de verdure,  il est temps de remonter dans le minibus, conduit par un bénévole fidèle et attentionné, tout au long du périple. Il est temps de regagner la Résidence des Favières et le quotidien, sans transition.

Hit the road Jacques : un projet au service de tous, et au service de l’accompagnement social et éducatif de chacun. Quelques jours pour emprunter de nouveaux itinéraires, éloignés des parcours de vie souvent périlleux de ceux que les circonstances de la vie n’ont pas épargnés.  Quelques jours pour reprendre confiance en soi pour peut-être un jour repartir, d’un bon pied. Car si la marche peut reconstruire, elle ne résout pas pour autant les problèmes, ou les difficultés du quotidien. Que ce chemin laisse une empreinte durable sur les chemins de vie chaotique des résidents des Favières et qu’il puisse un jour devenir passerelle…

Par Jasmine de Dreuzy, auteure bénévole pour Iota, voisine solidaire aux Favières.

Vous souhaitez soutenir ce projet ?

Ce projet a pu se réaliser grâce à la générosité de nombreux donateurs qui ont soutenu matériellement ou financièrement ce projet. Mais il reste d’autres étapes à parcourir pour atteindre Saint Jacques de Compostelle !
Donnez en ligne sur le site de la Fondation UDV ou en contactant le service recherche de fonds de l’UDV.
Engagez-vous comme bénévole en contactant le service bénévolat de l’UDV ou la résidence des Favières : 04 94 24 45 90 et 04 94 13 04 24.

Vous pouvez également suivre la résidence des Favières sur Facebook, ainsi que la page du projet Hit the road Jacques ! 


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    La lecture de la presse et l’observation de la vie de nos sociétés ces temps-ci nous font l’effet d’un monde qui virevolte dans tous les sens, se perd en d’innombrables directions à des vitesses folles qui l’entrainent vers des rivages inconnus et parfois effrayants : l’éthique souvent citée mais finalement oubliée...

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